lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208453 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BALAS & METRAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 11 mai 2023,
M. B D et Mme C D, représentés par Me Merotto, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Viry a délivré un permis de construire à la SAS Pure Habitat, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge solidairement de la commune de Viry et de la SAS Pure Habitat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente à défaut de produire une délégation de signature ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 1A et 2A du règlement du secteur Ap car une voie d'accès en enrobé est prévue sur la parcelle E1147 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 3 UA du règlement relatif à 'accès et la voirie ;
- il méconnaît l'article 11 UA relatif à l'aspect extérieur et le projet de 22 logements ne prévoit aucun espace commun.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023, la commune de Viry, représentée par Me Roche, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'une somme de
3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, la SAS Pure Habitat devenue SAS Promessens Rhône Alpes, représentée par Me Balas, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants in solidum sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir des requérants ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par courrier du 2 octobre 2023, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, pour permettre la régularisation du vice tiré de la méconnaissance des articles 1A et 2A (voie d'accès).
M. et Mme D ont présenté des observations le 3 octobre 2023.
La SAS Promessens Rhône Alpes a présenté des observations le 6 octobre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol ;
- les conclusions de Mme A ;
- et les observations de Me Basset, substituant Me Merotto, représentant les requérants, de Me Rollin, représentant la commune de Viry et de Me Balas, représentant la SAS Promessens Rhône Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 décembre 2021, la SAS Pure Habitat devenue SAS Promessens Rhône Alpes a déposé une demande de permis de construire en vue de construire cinq maisons groupées, 2 logements intermédiaires et quinze logements collectifs et la rénovation de la maison existante sur les parcelles cadastrées section E n°1999, 2002, 2003, 1146 et 1147 pour une surface de plancher de 1 495 m2 situées 795 route de Frangy sur la commune de Viry au lieu-dit " Au Luche ". Par un arrêté du 30 juin 2022, le maire de la commune de Viry a délivré le permis de construire sollicité. Par un courrier du 22 août 2022, M. et Mme D ont adressé un recours gracieux à la commune de Viry, qui a été implicitement rejeté. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir d'une personne physique à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. Les époux D sont propriétaires d'une maison implantée sur une parcelle cadastrée n° 1218 et d'une parcelle n° 2000 non bâtie qui jouxte la parcelle 2002 où est prévue l'implantation d'un immeuble en R+1. Ils font valoir une perte de vue sur la façade Est, la violation d'une servitude non aedificandi et une perte de tranquillité. Dès lors, les époux D justifient de leur intérêt à agir à l'encontre du permis de construire contesté et la fin de non-recevoir doit être écartée.
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'acte attaqué :
4. L'arrêté contesté a été signé par M. E, 8ème adjoint délégué à l'urbanisme, ayant reçu une délégation de signature par un arrêté du 11 juin 2020 à l'effet de signer les décisions sur les demandes d'autorisations d'urbanisme, d'utilisation des sols et de déclaration de travaux, qui a été transmis en préfecture le même jour régulièrement affichée et publiée au recueil des actes administratifs de la commune. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des articles 1A et 2A du règlement du secteur Ap :
5. D'une part, l'article 1A interdit toutes les occupations et utilisations du sol à l'exception de celles mentionnées à l'article 2. L'article 2 A autorise en zone A les constructions et les installations nécessaires à l'activité des exploitations agricoles et forestières. Il autorise également " en zone A et secteur Ap et As : / les occupations et utilisations du sol liées à un service public ou d'intérêt collectif compatibles avec l'exercice de l'exploitation agricole, / les occupations et utilisations du sol suivantes, liés ou non à la déserte de la zone : - les installations liées et nécessaires aux télécommunications ou télédiffusion / - les canalisations, travaux et installations linéaires souterraines des services publics () / - l'aménagement, l'entretien, la modification ou la création des routes, chemins, cours d'eau, berges et des ouvrages qui leur sont liés ".
6. D'autre part, le rapport de présentation définie la zone Ap comme la partie de la zone agricole la plus sensible en termes de paysages et de l'environnement naturel. Sont classés en Ap tous les secteurs touchés par les corridors à enjeux pour la préservation de la biodiversité identifiés au SCoT.
7. Il est établi et non contesté que la voie d'accès au projet en enrobé et les dix places de stationnement pour une surface de 540 m2 sont situées en zone Ap. Si l'article 2A du règlement autorise en zone Ap où les constructions et installations nécessaires à l'activité agricole sont interdites, l'aménagement, l'entretien, la modification ou la création des routes, chemins, cours d'eau, berges et des ouvrages qui leur sont liés, elle n'a pas pour objet d'autoriser dans un secteur particulièrement protégé une voie de desserte d'un projet immobilier alors même que cette dernière servirait également pour la ferme implantée sur la parcelle 309 qui dispose déjà d'un accès. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 1A et 2A du règlement doit être accueilli.
En ce qui concerne les caractéristiques des accès et des voies :
8. Aux termes de l'article 3 UA du règlement du plan local d'urbanisme, les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la protection civile, de la lutte contre l'incendie et répondre à l'importance et à la destination des constructions. Cette sécurité sera appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, des conditions de visibilité, de leur configuration, de l'utilisation projetée ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic.
9. Il ressort du plan de masse que le terrain d'assiette du projet sera desservi par un unique accès depuis la route de Frangy dans une ligne droite où la vitesse est limitée. Le gestionnaire de la voie a rendu un avis favorable le 7 février 2022. La voie d'accès d'une largeur de plus de 5 mètres permet le croisement des véhicules des vingt-deux logements projetés et présente des conditions de sécurité suffisantes. En outre, les caractéristiques de cette voie interne permet également la circulation des véhicules de secours. S'il est vrai que la voie se termine par une rampe permettant d'accéder au sous-sol du bâtiment B, rien ne s'oppose à ce que les véhicules de secours s'approchent au plus près de ce bâtiment et il n'est pas démontré que les lances à incendie ne pourraient pas l'atteindre. En outre, les engins de secours et d'incendie peuvent également accéder à ce bâtiment B via l'allée des sapins ou la parcelle n°309. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'aspect extérieur et l'insertion du projet dans son environnement :
10. L'article 11 UA, qui s'applique au secteur UAb, prévoit que l'autorisation de construire peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Est également prévu que les dispositions réglementaires du secteur UAa s'appliquent aux constructions identifiées au titre de l'article L. 151-19 qui prévoit que la modénature des menuiseries extérieures et les éléments particuliers d'architecture devront apparaître clairement sur la demande d'autorisation de construire. Dans tous les cas, les corbeaux, clefs de voûtes, corniches, encadrements de fenêtres ou de portes et les chaînages d'angles doivent être conservés, restaurés et remis en valeur ou reconstitués en cas de remaniements précédents et non conformes aux caractéristiques architecturales originelles.
11. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
12. D'une part, le projet s'implante sur un terrain arboré où est implanté une maison de maitre. Ce tènement s'insère dans un quartier classé en UAb correspondant à des secteurs en prolongement des zones UAa qui pourront évoluer selon les mêmes modes d'implantation que les constructions en zone UAa, correspondant aux noyaux anciens villageois. Si la parcelle se situe non loin du château de Viry, il n'existe aucune visibilité directe et il n'est pas contesté que le bâti environnant est essentiellement résidentiel, composé à la fois de pavillons individuels et d'habitats collectifs. Par ailleurs, une belle maison bourgeoise est présente au cœur du tènement et celle-ci sera conservée et rénovée. Si cette maison de maître est identifiée au document graphique du règlement au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, cette protection a pour seul effet de subordonner les travaux ayant pour objet de la démolir ou de la rendre inutilisable en tout ou partie à un permis de démolir ce qui n'est pas le cas en l'espèce. La seule circonstance qu'est accolée à cette maison de maitre six maisons d'architecture contemporaine (l'une au Nord de deux logements et 5 maisons accolées au Sud) de taille plus modeste avec un volume de jonction vitré en métal gris foncé sur la façade Est et une pergola en métal à l'Ouest d'aspect moderne, ne saurait suffire pour établir que le projet porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Enfin, les requérants n'établissent pas que les éléments particuliers d'architecture de la maison de maître n'apparaitraient pas dans la demande de permis de construire et l'article UA 11 ne s'oppose pas à ce que des fenêtres soient supprimées.
13. D'autre part, l'article 11 UA du règlement prévoit que pour tout projet de 12 logements ou plus, un espace commun devra être prévu au rez-de-chaussée au sein du bâtiment représentant 0,05 % de la surface de plancher totale de l'opération ou représentant un minimum de 20 m² de surface de plancher. Il ressort du plan du RDC à l'échelle 1/800ème qu'un espace commun de 20 m² est prévu dans le bâtiment collectif B.
14. Il résulte de ce qi a été dit aux points 12 et 13 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 UA du règlement doit être écarté dans toutes ses branches.
Sur les conséquences de l'illégalité relevée :
15. Le vice mentionné au point 7 est susceptible d'être régularisé. Par suite, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer dans l'attente d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la date de notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er:Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente d'une mesure de régularisation relatif à la voie d'accès, qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D et Mme C D, à la commune de Viry et à la SAS Promessens Rhône Alpes.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauveplane, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208453
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026