vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SAMBA-SAMBELIGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 et le 29 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé la destination d'éloignement et prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tribunal constatera que la délégation de signature est régulière ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision est intervenue en violation du droit d'être entendu tel qu'énoncé par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- le préfet a procédé à une appréciation incomplète de sa situation ;
- la décision d'éloignement viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, ses parents étant décédés il n'a plus d'attaches en Algérie ;
- la décision d'interdiction de retour est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailleul, premier conseiller, pour statuer sur la requête.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les observations de :
Me Samba-Sambeligue représentant M. C,
M. C assisté de Mme E, interprète en langue arabe ;
Mme D représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative ".
2. M. C, ressortissant algérien né en mai 1992, a été condamné le 10 août 2022 par le tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu à une peine de six mois de prison pour des faits de violation de domicile, de vol en réunion et de vol aggravé par deux circonstances. Il a également été condamné le 18 janvier 2022 par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de six mois de prison avec sursis pour des faits de vol. Il est détenu au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier depuis le 6 août 2022 et doit être libéré le 1er janvier 2023.
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
4. L'arrêté du 15 décembre 2022 est signé par Mme B, cheffe du service immigration et intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée, à cet effet.
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu le 4 août 2022 puis le 13 décembre 2022 sur les conditions de son séjour en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement est intervenue sans qu'il ait été mis en mesure de faire connaître ses observations au regard de son séjour en France.
7. L'arrêté comporte les considérations de droit et de fait en constituant le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.
8. Le préfet qui a pris en compte la situation personnelle et familiale de l'intéressé ainsi que les conditions de son séjour en France, a procédé à un examen complet de sa situation.
9. M. C est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans titre de séjour. Par suite, le préfet de l'Isère a pu légalement prendre la mesure d'éloignement en litige sur le fondement des dispositions citées au point 5.
10. M. C, âgé de trente ans, soutient être entré irrégulièrement en France à la fin de l'année 2019 et n'a jamais déposé de demande de titre de séjour. Il a été condamné à deux reprises depuis son arrivée et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré deux mesures d'éloignement intervenues le 15 mars et le 31 décembre 2021. S'il fait valoir que ses parents sont décédés et que des oncles et tantes résident en France, il ne justifie d'aucune attache stable sur le territoire ni d'aucune perspective d'intégration. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement violerait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. La circonstance que les parents de M. C seraient décédés ne peut suffire à entacher d'illégalité la décision fixant l'Algérie pour pays de destination.
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
13. Il résulte de ce qui précède que M. C ne justifie pas d'attaches familiales stables en France. Il ne justifie que d'une faible durée de séjour sur le territoire où il a été incarcéré pendant six mois à la suite de deux condamnations pénales et entendu dans le cadre de procédures relatives à la dégradation de biens et la violation de domicile en novembre 2021, à la détention illicite de psychotropes en mars 2021, à un délit de fuite après un accident en mai 2021, à un vol en réunion et entrée irrégulière d'un étranger en France en novembre 2021, à un vol à l'étalage en décembre 2021 et à la détention frauduleuse de tabac en vue de la vente en août 2021. Il a par ailleurs fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et d'assignations à résidence non respectées.
14. Eu égard au caractère récent et répété de ses condamnations et au nombre de procédures dans lesquelles il a été entendu depuis son arrivée en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ne serait pas réelle ni actuelle. En outre, il ne justifie pas d'attaches en France susceptibles de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'interdiction de retour. Dans ces conditions, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans n'est pas disproportionnée.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Samba-Sambeligue et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
C. BailleulLa greffière,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026