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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208476

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208476

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée, le 23 décembre 2022, sous le numéro 2208476, M. D B, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet n'était pas tenu de prendre une assignation à résidence ;

- l'obligation de quitter le territoire est fondée sur des faits erronés ou incomplets en ce qui concerne sa situation personnelle ;

- il n'entend pas se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement ;

- la mesure est disproportionnée ;

- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et notamment en ce qui concerne la poursuite de ses études universitaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II - Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 et 27 décembre 2022, sous le numéro 2208477, M. D B, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en attendant le réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser avec distraction au profit de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier ;

- ils méconnaissent l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- ils sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les faits qui lui sont reprochés sont anciens et isolés ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la condition d'entrée régulière sur le territoire français citée par l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvait lui être opposée ;

- le préfet n'était pas tenu de lui refuser un délai de départ volontaire ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit refusé ;

- la décision fixant le pays de destination est abusive ;

- l'interdiction de retour porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle est disproportionnée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Samba Sambeligue, avocat de M. B ;

- les observations de Mme G, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant marocain né le 21 avril 1996, serait entré en France en 2011, selon ses déclarations. Il a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant-élève " entre le 2 mai 2014 et le 31 octobre 2018. A l'occasion de son interpellation dans le cadre d'une enquête de police, il a fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux portant remise à la frontière d'un Etat signataire de la convention Schengen et assignation à résidence, le 2 mars 2021. L'intéressé a exercé un recours à l'encontre la décision portant assignation à résidence qui a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble, le 8 mars 2021. M. B n'a pas respecté son assignation à résidence. Il a sollicité, le 5 mai 2021, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois. M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes concernent la situation d'un même étranger. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français dont il pourrait être saisi, ainsi que des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais du litige. En revanche, il n'appartient pas au juge désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour.

5. Les conclusions de la requête de M. B dirigées contre l'arrêté du 22 novembre 2022, par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal et doivent être renvoyées à celle-ci.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

6. Les décisions attaquées ont été signées par M. H A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige a été prise en même temps que celle par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant. Cette dernière décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles l'administration s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B. L'autorité administrative n'était pas tenue de citer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé et notamment son parcours universitaire. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, l'arrêté du 22 novembre 2022 mentionne une attestation d'admission en " Master of Engineering " pour l'année 2021/2022 et un certificat de scolarité en cinquième année " préparant au titre d'Expert (e) en management des systèmes d'information " du 25 octobre 2022.

10. En troisième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant prétend qu'il aurait pu faire valoir d'une part, " qu'elle avait une activité professionnelle " et d'autre part, " qu'elle disposait d'un logement personnel dans un centre d'insertion sociale et que le père de son fils était présent dans la vie de ce dernier ". Toutefois, ces informations, qui ne concernent pas la situation personnelle de M. B, n'auraient pas été de nature à faire obstacle à la décision par laquelle le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, le vice de procédure invoqué par le requérant doit être écarté.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Isère s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la condition d'entrée régulière sur le territoire français prévue par le 1° de l'article L. 611-1 du code précité ne pouvait lui être opposée.

12. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Isère a décidé de procéder à l'éloignement de M. B au motif notamment qu'il ne pouvait obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France à l'expiration de son titre de séjour le 31 octobre 2018 et que la durée de présence en France de l'intéressé était, en tout état de cause, sans incidence sur son droit à séjour sur le territoire national dans la mesure où la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement en France. Compte tenu de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement soit entachée d'erreur de fait.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ".

16. En premier lieu, contrairement à ce qu'indique le requérant, le préfet de l'Isère n'a pas procédé à une application mécanique des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative a relevé que M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national après l'expiration de son titre de séjour, le 31 octobre 2018, sans en avoir demandé le renouvellement. Elle a également retenu qu'il existait un risque que M. B se soustrait à la décision d'éloignement dont il faisait l'objet en rappelant que l'intéressé n'avait pas exécuté l'arrêté du 2 mars 2021 portant remise à la frontière d'un Etat signataire de la convention Schengen. Le préfet de l'Isère a mentionné, au surplus, que la demande de titre de séjour présentée par le requérant, le 5 mai 2021, était manifestement frauduleuse au regard de l'attestation bancaire dépourvue d'authenticité qu'il avait produite. Le préfet de l'Isère était ainsi fondé à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté à supposer qu'il ait été soulevé. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet se soit estimé en situation de compétence liée.

17. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement soutenir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dans la mesure où le préfet ne s'est pas fondé sur un tel motif pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Si M. B entend se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en invoquant la durée de son séjour France, la présence de ses frères et sœurs et la poursuite de ses études universitaires, ces stipulations sont inopérantes à l'égard d'une décision qui se limite à fixer un pays de destination en cas d'éloignement forcé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

20. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

21. Au regard des conditions irrégulières du maintien en France de M. B depuis le 31 octobre 2018, de l'absence d'insertion sociale et professionnelle caractérisée alors que l'intéressé a été notamment et récemment condamné par le président du tribunal judiciaire de Grenoble, à six mois d'emprisonnement avec sursis, le 22 octobre 2021, pour usage de chèques contrefaits ou falsifiés, contrefaçon ou falsification de chèques, vols simples et abus de confiance, qu'il a produit une attestation bancaire qui n'était pas authentique à l'appui de sa demande de titre de séjour, le 5 mai 2021 et du défaut de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant interdiction de retour pendant deux ans ne peut être regardée comme méconnaissant ces dispositions. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le préfet de l'Isère n'a pas, en fixant la durée de la mesure d'interdiction de retour à deux ans, porté une appréciation erronée sur l'ensemble des circonstances de l'espèce, ni davantage porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

23. En premier lieu, M. B n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire à supposer qu'il ait entendu soulever un tel moyen en soutenant que la mesure d'éloignement comporte des faits erronés ou incomplets.

24. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E F, attachée principale, chef du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

25. En troisième lieu, l'arrêté du 30 novembre 2022 vise les textes sur le fondement desquels l'assignation à résidence a été prise et énonce les éléments de fait pour lesquels cette mesure est prononcée. Le préfet de l'Isère n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté à supposer que le requérant ait entendu le soulever.

26. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B. L'administration n'était notamment pas tenue de faire mention du parcours universitaire du requérant.

27. En cinquième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet se soit estimé en situation de compétence liée.

28. En sixième lieu, l'assignation à résidence, qui indique que l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable, n'avait pas à préciser les conditions d'exécution prévisibles de la mesure. En outre, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressé n'aurait pas l'intention de se soustraire à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit en faisant application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

29. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige impose à M. B, d'une part, de demeurer dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours et, d'autre part, de se présenter, au cours de la période considérée, deux fois par semaine les mardis et les jeudis à 10 heures auprès de l'hôtel de police de Grenoble. Le requérant soutient qu'il entend terminer son année universitaire et produit notamment un certificat de scolarité au titre de l'année 2022-2023 relatif à un établissement situé à Lyon ainsi que des quittances de loyer pour les mois de mars à octobre 2022 et décembre 2022 relatives à un logement également situé à Lyon. Par ailleurs, le préfet de l'Isère produit, en défense, une attestation d'hébergement émanant du frère du requérant, établie le 21 décembre 2022, mentionnant qu'il héberge l'intéressé depuis le 1er janvier 2017 à une adresse située à Grenoble. Cette adresse est visée par l'arrêté du 30 novembre 2022 portant assignation à résidence. Compte tenu des éléments dont disposait le préfet de l'Isère, de la durée de l'assignation à résidence et des modalités de présentation imposées à l'intéressé, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 30 novembre 2022 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ni davantage qu'il revêt un caractère disproportionné au regard des buts poursuivis.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et de la décision l'assignant à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais de l'instance :

31. Il y a lieu de réserver ces demandes pour la formation collégiale de jugement qui sera appelée à statuer sur le surplus des conclusions de la requête.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation d'une part, des décisions figurant dans l'arrêté du 22 novembre 2022 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'autre part, l'arrêté du 30 novembre 2022 l'assignant à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour sont renvoyées à la formation collégiale de jugement.

Article 4 : Les autres conclusions de la requête sont réservées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Samba Sambeligue et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La magistrate désignée,

N. C

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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