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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208504

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208504

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 décembre 2022 et le 6 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mars 2023 :

- le rapport de M. Pfauwadel, président ;

- les observations de Me Aldeguer, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1980, est entré en France le 24 février 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 28 juillet 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 5 décembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. L'arrêté mentionne les éléments que M. B a fait valoir concernant sa situation familiale et personnelle. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle et familiale.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B est présent en France depuis huit ans, c'est en méconnaissance d'une première obligation de quitter le territoire français en date du 16 juin 2017 dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative, la cour administrative d'appel de Lyon ayant uniquement annulé l'interdiction de retour qui l'assortissait. Si le requérant fait valoir que son épouse qui détient un certificat de résidence algérien de dix ans et ses trois enfants nés en 2013, 2015 et 2019 séjournent régulièrement en France, il n'allègue pas de circonstances faisant obstacle à la reconstitution de leur cellule familiale en Algérie, dont chaque membre a la nationalité. Il ne justifie ni d'une intégration particulière en France ni être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a résidé jusqu'à l'âge de 35 ans. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doivent dès lors être écartés.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Il résulte des circonstances exposées au point 4 que le refus de séjour ne peut être regardé comme ayant pour effet de séparer les enfants B d'un de leurs parents ou d'empêcher ceux-ci de pourvoir à leurs besoins et à leur éducation. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant doit être écarté.

7. Il résulte des mêmes circonstances que la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour.

9. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Aldeguer et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Bailleul

La greffière,

V. Barnier

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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