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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208520

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208520

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMAISONOBE - OLLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2022 et le 27 décembre 2022, Mme B E, représentée par Me Ollivier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-10 ou L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de ce jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité administrative incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamdouch a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante ivoirienne née le 18 avril 1994, est entrée, en dernier lieu, sur le territoire français en septembre 2016. Elle a résidé sur le sol français sous couvert de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " entre le 22 août 2016 et le 31 décembre 2020 puis d'une carte de séjour portant la mention " Etudiant qui recherche un emploi ou souhaite créer une entreprise " valable du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021. Elle a sollicité en mars 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C D, cheffe du bureau du droit au séjour de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation régulière à cet effet en cas d'absence ou d'empêchement de M. F A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, et après plusieurs agents cités par l'article 4 de l'arrêté n°38-2022-07-26-00001 du 26 juillet 2022 régulièrement publié. La requérante n'établissant pas que M. A ou ces autres agents n'étaient ni absents ni empêchés à la date de la signature de la décision contestée, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de l'Isère a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme E.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a été scolarisée sur le territoire français de 2003 à 2011, du cours moyen 1ère année à la 1ère technologique. Si, à cet égard, le préfet a commis une erreur de fait en considérant que l'intéressée a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans en Côte d'Ivoire, une telle erreur est restée sans influence sur le sens de la décision contestée par Mme E, qui est repartie dans son pays d'origine pour y passer son baccalauréat. Si elle est revenue en France en 2016 pour y demeurer sous couvert de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " entre le 22 août 2016 et le 31 décembre 2020, puis d'une carte de séjour portant la mention " Etudiant qui recherche un emploi ou souhaite créer une entreprise " valable du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021, sa qualité d'étudiante ne lui donnait pas vocation à rester sur le territoire français. En outre, si la sœur et le frère de l'intéressée, qui sont des ressortissants français, résident en France, l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Si elle fait valoir qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant de nationalité française dont elle attend un enfant qu'il a reconnu par anticipation le 2 novembre 2022, soit postérieurement à la date de la décision contestée, la communauté de vie à cette date n'est pas établie. Par ailleurs, si Mme E, qui a obtenu un master droit économie gestion portant la mention " Droit des entreprises " au titre de l'année universitaire 2016-2017, fait valoir qu'elle a été recrutée par le département de l'Isère, sous contrat à durée déterminée à temps plein, en qualité de gestionnaire administrative à la direction territoriale de l'Isère Rhodanienne du 26 juillet 2021 au 30 avril 2022, cette circonstance ne suffit pas à établir l'existence d'une insertion professionnelle particulière. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

7. En second lieu, pour les motifs déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

9. En second et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Me Ollivier, avocate de Mme E.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Ollivier et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Ban, premier conseiller,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

S. Hamdouch

Le président,

J.-P. WyssLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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