vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208563 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2022, M. C E, représenté par Me Huard demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités bulgares ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer dans l'attente une attestation de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté :
- est insuffisamment motivé ;
- le préfet devra produire la réponse des autorités bulgares afin que le tribunal en vérifie l'existence et la légalité ;
- le préfet ne justifie pas de la nécessite de recourir à un interprète par téléphone au regard des articles L. 572-1 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas justifié que l'interprète ait été inscrit sur une liste spécifique ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 en l'absence d'un entretien individuel et confidentiel et d'un résumé de cet entretien ;
- il n'est pas démontré la remise des brochures d'information ;
- méconnaît les articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Combes, substituant Me Huard et assistant M. C E.
M. C E, assisté par téléphone de M. B, interprète en langue dari, fait valoir qu'interpellé après être entré en Bulgarie, il est resté deux mois en prison avec des détenus bulgares de droit commun, qu'il se trouvait dans une cellule sans fenêtre et que tous les quatre jours environ, il était extrait et frappé, afin de consentir à donner ses empreintes, qui ont été prises de force et qu'il a ensuite été libéré.
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. M. C E, ressortissant afghan, né en 2001, qui a déclaré être entré en France le 5 août 2022, a sollicité l'asile le 19 août 2022. Il est ressorti de la consultation du fichier Eurodac qu'il avait demandé l'asile en Bulgarie le 27 mai 2022. Les autorités bulgares ont accepté explicitement sa réadmission le 28 septembre 2022. M. C E demande l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités bulgares.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1 chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
4. S'agissant de l'accueil des demandeurs d'asile en général en Bulgarie, il est constant qu'en novembre 2018, la commission européenne a lancé une procédure d'infraction contre la Bulgarie en constatant des lacunes graves dans le système d'asile, notamment quant à la rétention des demandeurs et l'absence des garanties prévues durant cette procédure. M. C E produit une impression, non contestée, d'un site internet officiel bulgare, qui indique que le franchissement illégal des frontières à l'entrée en Bulgarie constitue une infraction si l'on ne demande pas très rapidement l'asile et qu'une fois l'asile demandé, le fait de quitter le pays est également une infraction punie d'emprisonnement. Il est dès lors vraisemblable, qu'ainsi qu'il l'indique à l'audience, M. C E serait incarcéré en cas de retour en Bulgarie.
5. S'agissant de son passage par la Bulgarie, M. C E fait valoir qu'il a été détenu dans une prison de droit commun et violenté. Ainsi et contrairement à ce que soutient le préfet du Rhône, il fait état d'un récit personnalisé au-delà des éléments de preuve généraux qu'il apporte. Si le préfet retient que l'intéressé ne justifie pas de la véracité de son récit, l'exigence de preuve doit être proportionnée à ce qu'une partie est en capacité de produire. M. C E montre à l'audience des déformations sur ses mains qu'il explique correspondre à des fractures causées par des coups reçus en Bulgarie. Ce faisant, il apporte le seul commencement de preuve possible et il doit tenu être pour acquis, jusqu'à preuve contraire, que le requérant a été victime de violences.
6. S'agissant de l'examen du statut de réfugié en Bulgarie, le rapport de 2017 rédigé à l'issue de la visite d'information du représentant spécial du secrétaire général sur les migrations et les réfugiés note le " traitement discriminatoire potentiel des ressortissants afghans [en Bulgarie], pour qui le taux de reconnaissance s'établissait à moins de 1 %. ". Selon la fiche d'Amnesty international établie en 2021, la Bulgarie a accordé " une protection internationale à un maximum de 70 personnes afghanes et à leurs familles " et " qu'il s'agissait de personnes travaillant pour l'ambassade et l'armée bulgares en Afghanistan ". Selon cette même fiche, la grande majorité des autres demandes d'asile émanant d'afghans sont rejetées à l'issue d'une procédure accélérée, les dossiers étant considérés comme irrecevables. Ce constat est corroboré par les informations librement accessibles sur le portail internet de l'Office statistique de l'Union européenne Eurostat selon lesquelles le taux de rejet des demandes de protection des ressortissants afghans demeure de 90% en Bulgarie en 2021 après avoir varié entre 95 et 99 % entre 2016 et 2020.
7. Dans ces circonstances et au vu de la probabilité d'un renvoi en Afghanistan si sa demande est examinée en Bulgarie comme du fait que M. C a été victime de violences très vraisemblablement commises en Bulgarie ou en Afghanistan, il est fondé à soutenir que les autorités françaises devaient, sur le fondement de l'article 17 précité, s'estimer responsables de l'examen de sa demande d'asile afin de ne pas l'exposer à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. C E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a prononcé sa remise aux autorités bulgares.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Au regard des motifs qui le fondent, le présent jugement implique que le préfet du Rhône délivre une attestation de demande d'asile en procédure normale à M. C E, procède à l'enregistrement de sa demande d'asile et lui délivre le dossier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Huard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: M. C E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé de sa remise aux autorités bulgares est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale à M. C E, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer le dossier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Huard, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C E, à Me Huard et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
La magistrate désignée,
A. ALa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026