vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208568 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. B D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête a été formée dans le délai de recours contentieux ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen réel de sa situation ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en même temps que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet s'est abstenu d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de délai de départ volontaire est disproportionné et entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des critères devant être pris en compte ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par un jugement du 4 janvier 2023, le magistrat désigné du tribunal, statuant en application des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a admis M. D à l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté son recours formé contre l'arrêté d'éloignement du 22 novembre 2022, excepté en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, et contre l'arrêté d'assignation à résidence du 1er décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- et les observations de Me Huard, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant congolais né en 1990, déclare être entré en France le 17 septembre 2013. Sa demande d'asile a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2015. Le 26 juin 2015, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Au vu d'un avis médical défavorable du 3 août 2015, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 12 février 2018. Son recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 7 juin 2018. Le 11 juin 2018, il a déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons de santé. Sa demande a également été rejetée au vu d'un second avis médical défavorable du 2 juillet 2018. Le 24 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sur celui de l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 22 novembre 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Puis, par un arrêté du 1er décembre 2022, il l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère. Par sa requête, M. D a demandé l'annulation de ces deux arrêtés. Le magistrat désigné du tribunal a, par un jugement du 4 janvier 2023, admis l'intéressé à l'aide juridictionnelle provisoire et rejeté ses demandes d'annulation, excepté celle dirigée contre le refus d'admission au séjour sur laquelle il reste au tribunal, statuant en formation collégiale, à se prononcer.
Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose le refus de délivrance d'un titre de séjour. Le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère a procédé à un examen effectif de la situation du requérant avant de prendre sa décision.
4. En troisième lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
5. Il résulte de ce qui précède que l'autorité administrative n'est tenue d'examiner la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " qu'à titre subsidiaire et si l'intéressé a fait état dans sa demande, à ce titre, de motifs exceptionnels permettant à l'autorité décisionnaire d'exercer son pouvoir d'appréciation. Or, il ressort des pièces du dossier que, dans son courrier du 24 juin 2021 par lequel il a sollicité son admission au séjour, M. D s'est borné à évoquer sa situation personnelle et familiale en France et n'a fait état d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France au cours de l'année 2013 sans toutefois établir y séjourner habituellement depuis cette date. Il ne justifie pas d'une intégration dans la société française d'une particulière intensité. Il fait valoir qu'il a des attaches familiales en France et se prévaut à cet égard de la présence d'un oncle et d'une sœur et, plus particulièrement, de sa fille mineure, née en France le 23 octobre 2018, pour laquelle il indique contribuer à son entretien et son éducation. Toutefois, il ne démontre pas que la mère de cette enfant, compatriote avec laquelle il ne vit pas et qui est demandeuse d'asile, a vocation à se maintenir durablement sur le territoire français. En outre, il conserve de fortes attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu durant au moins vingt-trois ans, et où, surtout, résident ses deux autres enfants mineurs, outre ses parents et les quatre autres membres de sa fratrie. Si M. D se prévaut également de son état de santé, il ne produit, à l'appui de ses allégations, aucune pièce médicale établissant la nécessité pour lui de se maintenir en France pour y recevoir des soins. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France et à l'intensité de ses liens avec son pays d'origine, le préfet de l'Isère a pu légalement refuser de lui délivrer un titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont été méconnues.
8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus sur la situation personnelle de M. D.
9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Contrairement à ce que soutient M. D, le refus de titre de séjour n'a pas pour effet de le séparer de sa fille résidant en France. En outre, comme il a été dit, le requérant ne démontre pas que la mère de l'enfant, qui est de même nationalité que lui, et l'enfant elle-même dont la demande d'asile a été rejetée, ont vocation à demeurer sur le territoire français. Par suite, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
Le président rapporteur,
V. L'HÔTE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
M. A La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026