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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208570

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208570

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 7
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 décembre 2022 et 2 février 2023, M. D E A, représenté par Me Morlat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il porte gravement atteinte au droit à la protection de l'unité familiale prévu à l'article 16-3 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, principe qui a valeur constitutionnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est d'une durée manifestement excessive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1988, soutient être entré en France le 23 octobre 2017. Par l'arrêté attaqué du 22 décembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement à la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 6 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en cause doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elles ont été abrogées par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne sont plus en vigueur depuis le 1er mai 2021. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du même code qui s'y sont substituées, le moyen est inopérant dirigé directement contre la mesure d'éloignement et alors que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis le 23 octobre 2017, qu'il a travaillé en contrat à durée déterminée auprès de la société Belambra clubs de la Grande motte pour les périodes allant du 14 août 2021 au 10 novembre 2021 et du 9 avril 2022 au 4 novembre 2022, puis auprès de la même société, à Praz-sur-Arly, pour la période du 1er décembre 2021 au 3 avril 2022, et qu'il est toujours sous contrat à durée déterminée pour la période du 5 décembre 2022 au 2 avril 2023. Il fait également valoir qu'il vit sur le territoire français avec sa compagne, ressortissante française. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il dispose d'une autorisation de travail afin d'exercer son activité professionnelle. Il n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, pays dans lequel il a passé la majeure partie de sa vie. Il ne justifie pas davantage de l'existence de liens personnels en France, excepté la relation qu'il entretient depuis avril 2022 avec une ressortissante française, dont il ne démontre ni l'intensité, ni la stabilité. En particulier, aucune pièce du dossier ne vient établir la réalité du projet de mariage dont il fait état. De plus, sa demande d'asile ayant été rejetée définitivement le 22 août 2019, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 21 octobre 2019, qu'il n'a pas contestée ni mis à exécution. Il ne pouvait dès lors ignorer la précarité de sa situation lorsqu'il s'est engagé dans cette relation qui demeure en tout état de cause récente. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions du séjour sur le territoire français de M. A, le préfet de la Haute-Savoie a pu légalement lui faire obligation de quitter le territoire français et prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an sans entacher ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation, ni méconnaître aucun principe de valeur constitutionnelle, ni encore porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ainsi, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, M. A ne peut se prévaloir utilement de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui ne figure pas au nombre des traités et accords qui ont été régulièrement ratifiés ou approuvés par la France dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution.

8. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A n'apparaît pas excessive, alors même que sa présence en France ne représenterait pas une menace pour l'ordre public.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A, à Me Morlat et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné,

V. L'HÔTE

La greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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