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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208576

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208576

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. et Mme B D , représentés A Me Huard, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 21 novembre 2022 rejetant le recours de Mme D en vue de l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de considérer sa demande d'hébergement comme étant prioritaire et urgente, sous astreinte de 100 euros A jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer son recours dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

' la condition d'urgence est remplie car, devant quitter l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent actuellement, ils ne disposent d'aucune solution de logement alors que M. D souffre de graves problèmes de santé ;

' il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse car la commission de médiation n'était pas composée régulièrement ; la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2208575 A laquelle M. et Mme D demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Buguellou, greffier en chef, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Huard, avocat de M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais né en 1986, soutient être entré en France le 8 septembre 2021, accompagné de son épouse et de son fils mineur. Le 19 octobre 2021, il a sollicité le bénéfice d'une protection au titre de l'asile qui lui a été refusée A une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 mars 2022. Le 10 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. A arrêté du 30 juin 2022 dont la légalité a été confirmée A jugement du 28 septembre 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Toujours présente sur le territoire français, Mme D a saisi le 19 octobre 2022 la commission de médiation du département de l'Isère d'un recours tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente. A une décision du 21 novembre 2022, la commission de médiation a rejeté son recours en considérant que sa demande de titre de séjour ayant été rejetée, les garanties d'insertion qu'elle présentait n'étaient pas suffisantes.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () A la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III.- La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, A toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ".

5. En premier lieu, il n'est pas contesté que M. D et sa famille sont hébergés dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile qu'ils ont été mis en demeure de quitter ce qui le place dans une situation d'extrême vulnérabilité alors que M. D a de graves problèmes de santé. Dès lors, la condition d'urgence prévue A l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.

6. En second lieu, le moyen tiré de ce que la commission de médiation aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des circonstances exceptionnelles justifiant que le requérant et sa famille soient hébergés eu égard à son état de santé est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Sans qu'il soit besoin d'étudier les autres moyens de la requête, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. La présente décision implique seulement que la commission de médiation de l'Isère procède au réexamen de la demande de Mme D. Il y a lieu, A suite, d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. et Mme D ont été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. A suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Huard, avocat de M. et Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme D A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. et Mme D.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 21 novembre 2022 de la commission de médiation de l'Isère est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer la situation de M. et Mme D dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, avocat de M. et Mme D, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme D A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. et Mme D.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Mme E D, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet de l'Isère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le président,

J. P. CLe greffier en chef,

Ph. BUGUELLOU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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