lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2208602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 1 |
| Avocat requérant | VILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 30 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Villard, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure ;
3°) de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge du préfet de la Haute-Savoie une somme de 960 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans méconnaissent l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
- le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Triolet, vice-présidente.
Le dossier audiencé le 25 janvier 2023 à 14 heures a été renvoyé au 31 janvier 2023 à 9 heures 30 afin que M. A, qui avait indiqué l'adresse postale du centre pénitentiaire d'Aiton, puisse être extrait.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, qui a débutée à 10 heures afin que Me Villard puisse s'entretenir avec son client.
La magistrate désignée a présenté son rapport au cours de l'audience publique et a entendu les observations de Me Villard, assistant M. A qui maintient les demandes et moyens développés par écrit et demande, en outre, que le nom de son client soit retiré du fichier de non-admission dans l'espace Schengen. Elle fait, en outre, valoir que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen en ce que son client n'a jamais été condamné pour des faits de trafic de stupéfiants ainsi qu'en atteste la fiche pénale.
Elle indique que les faits de vols pour lesquels il est incarcéré sont le fruit d'un malentendu dès lors qu'il a passé les caisses sans s'en apercevoir et que le défaut de respect du pointage dans le cadre de l'assignation à résidence est lié à un changement de résidence.
Elle ajoute n'avoir jamais pu téléphoner ou réaliser une visioconférence avec son client au centre de détention et n'avoir pu s'organiser pour aller le visiter en vue de l'audience.
Elle fait valoir les liens de M. A avec la famille qui l'a hébergé.
Il est laissé un délai jusqu'au soir à 18 heures pour produire l'attestation de la famille d'accueil. Les pièces produites ont été communiquées à la préfecture à qui il a été laissé un délai de réponse.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen née en 1999, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 25 février 2016. Le 10 octobre 2017, le préfet de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire avec interdiction de retour d'un an suite à un contrôle. Le 26 juillet 2018, il a demandé le statut de réfugié qui lui a été refusé par trois décisions de la Cour nationale du droit d'asile des 3 juillet 2019, 3 juin 2020 et 19 novembre 2020. Le préfet de la Haute-Savoie a fait obligation à M. A de quitter le territoire par un arrêté du 28 juin 2020, complété le 5 mars 2021 par une interdiction de retour de deux ans. Le 31 décembre 2021, le même préfet a de nouveau pris une obligation de quitter le territoire avec interdiction de retour de deux ans à l'encontre de l'intéressé. Assigné à résidence par un arrêté du 31 décembre 2021, M. A ne s'est jamais présenté aux services de gendarmerie. Il a demandé l'asile auprès des autorités suisses qui l'ont transféré vers la France le 13 mai 2022, date à laquelle il a de nouveau été assigné à résidence sans jamais se présenter pour pointer. Il a été interpellé le 28 décembre 2022 et condamné en comparution immédiate le 30 décembre à la peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol en récidive, rébellion et maintien irrégulier en récidive, selon les mentions de la fiche pénale produite. Par l'arrêté attaqué du 28 décembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. [] "
4. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations pour contester la légalité de l'arrêté en litige. Le moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En second lieu, la circonstance que le préfet se serait mépris sur les antécédents judiciaires de M. A ne caractériserait pas, en l'espèce et à elle seule, un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé, qui est exposée avec précision dans l'arrêté. Au surplus, la fiche pénale dont se prévaut le requérant ne porte que sur la ou les peines d'emprisonnement en cours d'exécution et n'est pas destinée, contrairement au casier judiciaire, à établir le passé pénal de l'intéressé. Enfin, il ressort d'un procès-verbal de police du 13 janvier 2019, non sérieusement contesté, que M. A serait " connu " pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis le 7 octobre 2018. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. M. A est arrivé en France il y a six ans, à l'âge de seize ans et il y a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle d'agent polyvalent de restauration. Une enseignante décrit son engagement dans ce cursus et le fait que sa famille et elle-même ont accueilli l'intéressé de février à septembre 2019 durant les fins de semaine et vacances scolaires lorsqu'il ne pouvait être hébergé à l'internat, puis lors du confinement de 2020. M. A justifie avoir été employé en octobre-novembre 2019 comme " équipier polyvalent " par la société Miam, qui lui a fourni une promesse d'embauche le 1er mars 2021.
8. Toutefois, la durée de présence de M. A tient à son maintien irrégulier sur le territoire français malgré les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet le 10 octobre 2017 et le 28 juin 2020. Il a quitté le territoire suite à l'arrêté du 31 décembre 2021 pour se rendre en Suisse et il a été transféré vers la France le 13 mai 2022. M. A n'a pas d'attaches familiales en France alors que sa mère demeure dans son pays d'origine, même s'il indique qu'elle serait incarcérée. Les possibilités d'emploi et les liens privés qu'il a pu nouer sur le territoire avec la famille l'ayant hébergé ne suffisent pas à retenir que la mesure d'éloignement porterait une atteinte à son droit à une vie privée qui serait disproportionnée par rapport aux objectifs d'une telle mesure, étant rappelé que M. A a fait l'objet d'une condamnation récente pour des faits qu'il a d'ailleurs reconnus lors de son audition, contrairement aux explications de son conseil à l'audience. Par suite et eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
10. M. A fait valoir à l'audience que la Guinée est une dictature depuis 2010, que les peuls y sont assassinés et que sa mère est incarcérée. Toutefois, il n'apporte aucun justificatif au soutien de ces craintes alors qu'au demeurant ses demandes d'asile, dont la première a été introduite plus de deux ans après son arrivée en France, ont été rejetées par l'OFPRA puis la CNDA. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
12. M. A soutient qu'il n'a été condamné qu'à une reprise et que les délits commis concernent essentiellement le caractère irrégulier de son séjour. A supposer même que les mentions de la fiche pénale qui évoquent un état de récidive légale s'agissant du vol et du maintien malgré interdiction seraient erronées, le requérant se maintient en situation irrégulière, malgré plusieurs mesures d'éloignement et alors qu'il ne dispose pas de liens anciens en France. Dans ces circonstances, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation
13. En troisième et dernier lieu, dans les circonstances énoncées aux points 7 et 8, l'interdiction de retour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Villard et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023 .
La magistrate désignée,
A. Triolet
La greffière,
V. Joly
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220860
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026