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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2208607

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208607

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022, M. H B, représenté par Me Djamal Abdou Nassur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 6 décembre 2022, par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;

- le refus méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation , le préfet n'ayant pas tenu compte de l'intérêt supérieur de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des article 3-1 et 9 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1.M. H B, ressortissant comorien né le 13 juillet 1989, déclare être entré irrégulièrement en France le 5 mars 2015. Au cours de l'année 2019, à une date non précisée, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement. Le 14 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué du 6 décembre 2022, le préfet de la Savoie lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

Sur la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :

2.En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme F C, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Savoie du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

3.En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de la Savoie a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. D B énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration manque en fait et doit être écarté.

4.En troisième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté que le préfet de la Savoie a tenu compte, avant de refuser de délivrer au requérant un titre de séjour, de l'intérêt supérieur de l'enfant dont il avait reconnu la paternité. Le moyen au demeurant mal soulevé sur le terrain de l'erreur manifeste d'appréciation, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 31-2 du même code : " Le certificat de nationalité indique en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 visé ci-dessus : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge par les préfets et sous-préfets à tout Français qui en fait la demande dans l'arrondissement dans lequel il est domicilié ou a sa résidence (). ". Aux termes du dernier alinéa de l'article 4 du même décret : " () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. ". Aux termes de l'article 4-4 du même décret : " () La demande de carte nationale d'identité faite au nom d'un mineur est présentée par une personne exerçant l'autorité parentale. () ".

6.Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

7.En l'espèce, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D B au motif que la déclaration de paternité qu'il a effectuée à l'égard de l'enfant de Mme G né le 5 mars 2020 à Vannes, présenterait un caractère frauduleux. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu des entretiens menés par les services de la préfecture du Morbihan avec les intéressés, le 19 octobre 2020, que M. D B, qui résidait alors dans le département de la Savoie, et Mme G, qui résidait alors dans le Morbihan, ne partageait aucune communauté de vie à la date de conception de l'enfant. En outre, leurs déclarations quant à la date de début de leur vie commune sont incohérentes, M. D B la situant au mois de juin 2020, quoique de manière instable, et Mme G en octobre 2019. Dans sa requête, M. D B évoque désormais une vie commune débutée en 2015. Par ailleurs, si M. D B produit une attestation d'un médecin indiquant qu'il a parfois accompagné son enfant à son cabinet, quelques photos les montrant ensemble, ainsi que quelques factures et mandats de paiements adressés à la mère, aucun élément probant ne vient corroborer les déclarations contradictoires des intéressés quant à l'existence d'une communauté de vie avant ou après la naissance de l'enfant, ni établir que M. D B contribuerait effectivement à son entretien ou à son éducation. M. D B indique par ailleurs que la vie commune a cessé à compter du mois de juin 2022, alors qu'il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour des bulletins de paie du mois de décembre 2021 indiquant qu'il résidait déjà à Chambéry. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie, qui justifie d'un faisceau d'indices suffisant, doit être regardé comme établissant que la reconnaissance de paternité souscrite par M. D B à l'égard de l'enfant Mme G né le 5 mars 2020 revêt un caractère frauduleux. Par suite, alors qu'il lui appartenait de faire échec à cette fraude, il était fondé à refuser pour ce motif la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé.

8.En cinquième lieu, M. D B n'étant pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code précité, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D B n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

10.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11.Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. D B se borne à faire valoir qu'il est le père d'un enfant français et qu'il réside en France depuis 2015. Cependant, comme il a été indiqué au point 7, la reconnaissance de paternité qu'il a souscrite doit être regardé comme frauduleuse. La durée de présence de l'intéressé en France ne s'explique par ailleurs que par son entrée et par son maintien irrégulier sur le territoire national malgré le prononcé d''une mesure d'éloignement. Ainsi, eu égard aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. D B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12.Enfin, comme il a été indiqué au point 7, M. D B n'étant pas le père d'un enfant français, et n'établissant pas contribuait effectivement à son entretien et à son éducation, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B et au préfet de la Savoie, ainsi qu'à Me Djamal Abdou Nassur.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. A et M. E, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le rapporteur,

N. E

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208607

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