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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300046

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300046

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 janvier 2023 et le 15 mars 2023, M. A B, représenté par Me Combes demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de supprimer toute mention le concernant du fichier Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour le préfet de la Savoie le 26 janvier 2023.

Par une ordonnance du 15 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Mathis, représentant M. A B, qui a signalé que son client n'avait pas eu droit à un interprète et qu'il n'est pas présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 15 janvier 2023, déclare être entré en France en 2019. Par l'arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. A B, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de son article L. 614-15 : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. () ". Aux termes de son article L. 614-6 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de son article L. 614-4 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de détention de l'étranger, celui-ci est informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il peut, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil ".

5. Pour prononcer à l'encontre de M. A B, par l'arrêté attaqué du 20 décembre 2022, une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Savoie s'est fondé sur le motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, cas visé au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions rappelées au point 3, les conclusions de la présente requête tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2022, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, relèvent d'une formation collégiale du tribunal.

6. M. A B, qui a été représenté par un avocat en cours de procédure, ne peut utilement faire valoir qu'il n'aurait pas eu avant l'introduction de sa requête l'assistance d'un interprète conformément aux dispositions de l'article L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus alors qu'au surplus il ressort du procès-verbal de notification de la décision attaquée par les services de police que l'intéressé parle et comprend le français. Par ailleurs, l'intéressé n'a pas fait connaître, avant la tenue de l'audience, son intention d'être assisté d'un interprète au cours de l'audience, ni n'a demandé à être présent à l'audience afin que le greffe adresse une demande d'extraction au préfet de la Savoie.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est célibataire et sans enfant à charge et ne dispose d'aucune attache sociale ou professionnelle sur le territoire. Il ne justifie pas ne pas disposer de telles attaches dans son pays d'origine où réside l'ensemble de sa famille. De plus, s'il déclare être arrivé en France à l'âge de 16 ans, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à une peine de 2 mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé le 9 juin 2021, le 24 juin 2021 à une peine de 3 mois d'emprisonnement pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et le 28 juin 2021, à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé. Dans ces conditions, eu égard à la nature, la gravité et à la répétition des faits délictueux qui lui ont valu ces condamnations, le préfet de la Savoie n'a pas fait une inexacte appréciation des faits de l'espèce en estimant qu'ils caractérisaient un comportement de nature à constituer une menace à l'ordre public alors même que selon le requérant, les faits pour lesquels il a été condamné seraient concentrés sur une période très restreinte, marquant un passage à l'acte très ponctuel qui ne serait pas appelé à se reproduire. Dans ces circonstances, eu égard notamment aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la mesure attaquée n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. A B n'établit pas que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et méconnaîtrait de ce fait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. A B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 3 ans :

10. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. A B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour pour une durée de 3 ans.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Dans l'arrêté litigieux, le préfet de la Savoie a constaté que M. A B ne démontre ni vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, ni insertion professionnelle particulière. Le préfet relève également que si M. A B déclare être entré en France à l'âge de 16 ans, il n'a pas été pris en charge par les services sociaux, qu'il est sans ressources et qu'il a fait l'objet de trois condamnations à des peines d'emprisonnement. Enfin, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, il n'est pas établi que le préfet de la Savoie se soit abstenu de procéder à un examen préalable de la situation du requérant au regard des critères susvisés rappelés au point 11. M. A B ne justifie, par ailleurs, d'aucune circonstance humanitaire. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre n'est pas disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été fixée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Combes et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le président-rapporteur,

C. D

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

PH. D'ARGENSON Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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