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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300056

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300056

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL ALBAN COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 janvier 2023 et le 9 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Costa, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 23-03-001 du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français et a procédé, pour la durée de cette interdiction, à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2023-YG-01 du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

Sur l'arrêté du 16 décembre 2022 du préfet de l'Allier :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- cette décision est entachée, par la voie de l'exception, de l'illégalité la décision du 30 décembre 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

- le préfet n'établit pas avoir mis en œuvre la procédure de consultation de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 ;

Sur l'arrêté du 3 janvier 2023 du préfet de l'Isère :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 6 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. D les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 9 janvier 2023 :

- le rapport de M. Argentin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Costa, représentant M. B ; qui soutient, en outre, qu'étant en situation de se voir attribuer un titre de séjour de plein droit, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

L'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été close à 14h14, après que les parties ont formulé leurs observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né en 1977, est entré sur le territoire français au cours de l'année 2013 selon ses déclarations. Par un arrêté du 5 janvier 2021 le préfet de l'Isère lui a refusé le bénéfice d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 14 septembre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté le recours dirigé contre cette décision. Le 16 décembre 2022, M. B a fait objet d'un contrôle routier par les services de gendarmerie et le préfet de l'Allier, le même jour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de 18 mois. Par un arrêté du 3 janvier 2023, le préfet de l'Isère a assigné M. B à résidence dans le département de l'Isère. Par une requête enregistrée le 5 janvier 2023 le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés le 3 janvier 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 23.03.001 du 16 décembre 2022 du préfet de l'Allier :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Le signataire de l'arrêté contesté, M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Allier en date du 30 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque et doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. M. B fait valoir que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour du 30 décembre 2020 dès lors que, titulaire d'une carte de résident de longue durée UE, il remplit les conditions pour obtenir une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ces dernières dispositions sont entrées en vigueur postérieurement à la date de la décision du refus de titre de séjour, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyait, antérieurement, dans son article L. 313-4-1, la délivrance d'une carte de séjour temporaire aux résidents titulaires de la carte de résident longue durée-UE aux étrangers. Il ressort des pièces du dossier que M. B est titulaire d'une carte de résident de longue durée (durée illimitée) délivrée par les autorités italiennes le 12 octobre 2012. Toutefois, il n'est ni établi ni même allégué que M. B aurait fait une demande de délivrance de la carte de séjour temporaire dans le délai prescrit à l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir dans le délai de trois mois à compter de son entrée sur le territoire français. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, par suite, l'obligation de quitter le territoire français est entachée, par la voie de l'exception, de cette illégalité. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.

5. M. B fait également valoir qu'il peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Toutefois, l'article précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conditionne également la délivrance de la carte de séjour temporaire à ce qu'une demande en ce sens soit introduite dans les trois mois suivant l'entrée en France. Or, il n'est ni établi ni même allégué que M. B aurait effectué une telle demande dans le délai prescrit. Dans ces circonstances, M. B ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour soutenir que le préfet ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen correspondant doit être écarté.

6. M. B fait valoir qu'il vit, avec sa famille, en France depuis l'année 2013. Toutefois, le requérant n'établit pas résider en France depuis 2013 alors qu'il a déclaré, lors de son audition de retenue du 3 janvier 2023, avoir quitté le territoire français en 2016 avant de s'y réinstaller à une date qui n'est pas connue. Depuis, M. B, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait régulièrement résidé sur le territoire français, a fait l'objet, en 2021, d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas contesté que son épouse, qui a également fait l'objet d'une précédente mesure d'obligation de quitter le territoire français, est également en situation irrégulière sur le territoire français. M. B a été interpellé le 3 janvier 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis de conduire. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et nonobstant la présence de sa famille en France et l'exercice d'une activité professionnelle, le préfet de l'Allier n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de l'Allier n'a pas davantage entaché sa décision d'obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. M. B fait soutient que ses deux enfants mineurs, nés en 2006 et en 2008, sont scolarisés en France. Toutefois, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité hors de France et, notamment, dans leur pays d'origine ou bien en Italie. Il suit de là que le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen correspondant doit être rejeté.

10. En se bornant seulement à mentionner que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces circonstances, le moyen doit être rejeté.

S'agissant de la décision de signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

11. M. B fait valoir que le préfet ne justifie pas de la mise en œuvre de la procédure de consultation du paragraphe 2 de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen.

12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger, à l'encontre duquel a été pris une interdiction de retour, est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Le 2e paragraphe de l'article 25 de la convention d'application de l'accord de Schengen impose à l'Etat signalant aux fins de non admission d'un étranger de consulter l'Etat ayant délivré un titre de séjour en cours de validité et dont cet étranger est titulaire. L'objet de cette consultation est de permettre à ce dernier Etat d'apprécier si des motifs justifient le retrait du titre de séjour délivré. En l'absence d'un tel retrait, l'Etat signalant procède au retrait du signalement mais conserve la possibilité d'inscrire l'étranger sur sa liste nationale de signalement. Une telle procédure de consultation a donc vocation à être engagée consécutivement au signalement auprès du système d'information Schengen, lequel intervient en conséquence de la décision d'interdiction de retour, et peut aboutir, le cas échéant, et en fonction de la décision de l'Etat saisi, au retrait du signalement. Ainsi cette procédure ne régit pas le signalement initial de non admission dans le système d'information Schengen et M. B n'est pas fondé à s'en prévaloir pour contester la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen correspondant doit être annulé.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2023-YG-01 du 3 janvier 2023 du préfet de l'Isère :

13. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, de la décision d'assignation. Par suite, le moyen correspondant doit être rejeté.

14. Le signataire de l'arrêté contesté, Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Isère en date du 26 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque et doit être écarté.

15. En se bornant seulement à mentionner que l'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces circonstances, le moyen doit être rejeté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :

17. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Costa et aux préfets de l'Isère et de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

S. DLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Allier et au préfet de l'Isère en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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