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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300089

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300089

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 et 27 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Albertin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- 2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 19 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Drôme a rejeté sa demande de titre de séjour ;

- 3°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le territoire français l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision juridictionnelle au fond statuant sur la légalité des décisions contestées dans un délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir ;

- 4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; le refus de renouvellement de titre de séjour, est par lui-même constitutif d'une situation d'urgence ; elle est mère d'un enfant mineur de nationalité française et résidant en France ; faute de disposer d'une autorisation de travail, elle ne peut occuper aucun emploi et donc subvenir à ses besoins et ceux de son fils par ses propres moyens ; elle ne peut donc pas travailler de sorte que la situation pécuniaire du couple est particulièrement précaire ; le père de l'enfant réside quant à lui en région parisienne et ne dispose pas de capacités d'acceuil permettant à Mme A B et leur fils de vivre ensemble ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : la décision est signée par une autorité incompétente ; la commission du titre de séjour aurait dû être réunie ; la préfète de la Drôme n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ; la préfète de la Drôme a ajouté des conditions au texte de loi et entaché sa décision d'une erreur de droit ; elle n'était pas légalement tenue de présenter à l'autorité administrative des documents justifiant de son entrée régulière sur le territoire français ; à la date de la décision contestée, aucun texte de loi n'interdisait formellement à la requérante de prétendre à la délivrance de son titre au seul motif qu'elle était dépourvue d'une autorisation spéciale délivrée par l'autorité administrative de Mayotte ; la décision est entachée d'une violation des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision est entachée d'une violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; la décision est entachée d'une violation des stipulations de l'article 8 de la la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que son titre de séjour délivré par les autorités de Mayotte était expiré, la préfète de la Drôme a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'urgence n'est pas caractérisée ; que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2208381, le 21 décembre 2022, par laquelle Mme A B, représentée par Me Albertin, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- l'avis du Conseil d'Etat n° 424581.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 janvier 2023 :

- M. C a présenté son rapport et a constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne titulaire d'un titre de séjour valable à Mayotte du 16 juillet 2019 au 15 juillet 2020, mère d'un enfant français né le 6 juin 2015 à Mamoudzou, est entrée sur le territoire métropolitain en 2019. Elle a saisi le préfet de la Drôme, le 16 octobre 2020, d'une demande de carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", en cette qualité. Par un arrêté du 11 juin 2021 le préfet a rejeté sa demande au motif qu'elle n'avait pas été présentée sous couvert du visa d'installation exigé des ressortissants comoriens séjournant régulièrement à Mayotte pour se rendre dans un autre département. Le refus de séjour était accompagné d'une mesure d'éloignement dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle possède la nationalité, de tout pays où elle serait légalement admissible ou de Mayotte. Le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté. Par un arrêt du 6 octobre 2022, la Cour administrative d'appel de Lyon a annulé l'arrêté du préfet de la Drôme en date du 11 juin 2021 en tant qu'il faisait obligation à Mme B de quitter le territoire métropolitain dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi et a réformé le jugement n° 2104647 du tribunal administratif de Grenoble du 26 octobre 2021 en conséquence. La Cour a, également, enjoint à la préfète de la Drôme de réexaminer la situation de Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification de son arrêt. A la suite de ce réexamen, la préfète de la Drôme a pris l'arrêté n°22-260727 du 19 octobre 2022, dont la suspension est demandée, portant refus de titre de séjour sans obligation de quitter le territoire français.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aucun des moyens invoqués par Mme A B, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en date du 19 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Drôme a rejeté sa demande de titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Mme A B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Fait à Grenoble, le 30 janvier 2023.

Le juge des référés,

C. C

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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