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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300091

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300091

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de protection contre l'éloignement, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- son signalement aux fins de non-admission est entaché d'illégalité dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune décision d'interdiction de retour.

Par une ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mars 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Heintz, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 8 octobre 1985, a déclaré être entrée en France le 6 janvier 2015. Elle a bénéficié de cartes de séjour temporaires en qualité d'étranger malade pour la période du 29 décembre 2017 au 16 mai 2020. Par un arrêté du 8 février 2021, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder un nouveau titre et lui fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 25 octobre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté le recours de Mme C formé contre cet arrêté. Le 22 juillet 2022, l'intéressée a déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales, sur laquelle le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis un avis le 26 septembre 2022. Par un arrêté du 25 octobre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de protection contre l'éloignement, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente en France, à la date de la décision attaquée, depuis 2016 et qu'elle a été en situation régulière, sous couvert de certificats de résidence en qualité d'étranger malade, durant la période du 29 décembre 2017 au 16 mai 2020. Par ailleurs, elle bénéficie de soins quotidiens pour les pathologies dont elle souffre et perçoit l'allocation pour adulte handicapé. Elle est également sous curatelle renforcée depuis une ordonnance du 1er juillet 2022 du juge des tutelles du tribunal de proximité d'Annemasse pour une durée de 5 ans. Le conjoint de la requérante, qui est présent à ses côtés, dispose d'un certificat de résidence valable jusqu'au 31 juillet 2023 et est employé comme magasinier dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Enfin, l'enfant du couple, qui est mineur et a rejoint ses parents en France en décembre 2018 dans le cadre d'un regroupement familial, est scolarisé et fait l'objet d'une mesure judiciaire d'investigation éducative. Dans ces circonstances très particulières, compte tenu notamment de la présence auprès d'elle de son époux et de son fils qui sont en situation régulière sur le territoire français, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection contre l'éloignement et lui a fait obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale et, par suite, à en demander l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 octobre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation prononcée au point 4 implique nécessairement, par application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Savoie, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à Mme C dans un délai de huit jours, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Djinderedjian, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djinderedjian de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 octobre 2022 du préfet de la Haute-Savoie est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme C dans un délai de huit jours et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Djinderedjian une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Djinderedjian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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