mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 janvier 2023 et le 28 mars 2023, Mme D E, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-LS 225 du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 150 euros et, dans l'attente, de la munir d'un récépissé de demande de titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme E soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le père français de sa fille n'a pas à justifier qu'il contribue à son entretien et son éducation ; en tout état de cause, il l'a reconnue et participe à son entretien financièrement et à son éducation ;
- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France auprès de sa fille française, a été méconnu ;
- l'intérêt supérieur de son enfant a été méconnu ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 28 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par décision du 24 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridique totale à Mme E.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 mai 2023 :
- Mme Letellier a lu son rapport ;
- Me Schürmann a présenté des observations pour Mme E.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E est une ressortissante angolaise, âgée de 33 ans. Elle déclare être entrée en France le 1er juin 2018. Sa réadmission vers la Pologne a été prononcée le 25 septembre 2018 mais n'a pas été exécutée. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le 15 novembre 2021. Le 13 mars 2022, l'intéressée a fait l'objet d'un refus de séjour et d'une mesure d'éloignement, laquelle a été annulée par le tribunal de céans par jugement n° 2202260 du 13 mai 2022. Le 2 novembre 2022, elle a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 19 décembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de Mme E. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu importe notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B I H, ressortissant français, a reconnu le 28 juin 2021, à Lille, l'enfant C née le 17 novembre 2018 à La Tronche.
7. Pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le motif que le père qui a reconnu l'enfant ne contribue pas effectivement à son entretien et à son éducation.
8. Pour soutenir que la condition de contribution est remplie, la requérante produit des extraits de relevés bancaires faisant apparaitre des virements effectués par M. G à hauteur de 100 ou 150 euros le 7 octobre 2021, le 7 décembre 2021, le 7 janvier 2022, le 7 février 2022, le 7 avril 2022, le 10 mai 2022, le 7 juin 2022, le 7 juillet 2022, le 8 août 2022, , le 7 septembre 2022, le 19 septembre 2022, le 7 octobre 2022, les 7 et 8 novembre 2022, le 7 décembre 2022, le 9 janvier 2023 et deux autres virements de 150 euros à des dates indéterminées. Le destinataire de ces virements n'est toutefois pas indiqué et ils ne peuvent tenir lieu de démonstration de la contribution de la participation à l'entretien de l'enfant de la requérante. En outre, celle-ci produit une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Grenoble du 30 mai 2022 lui accordant une aide juridictionnelle totale dans le cadre d'une procédure devant le JAF dirigée contre M. H. Toutefois, cette décision ne constitue pas une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant au sens de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme E produit également des extraits d'un compte bancaire à son nom de La Banque Postale indiquant qu'elle a reçu un virement mensuel de 150 euros de M. H le 7 avril 2022, le 10 mai 2022, le 7 juin 2022, le 7 juillet 2022. Toutefois, ces extraits du compte bancaire de La Banque Postale, par leur nombre limité et la période restreinte concernée (avril à juillet 2022) ne suffisent pas à établir qu'à la date de l'arrêté attaqué, le père de l'enfant, domicilié à Lille à la date de la reconnaissance de l'enfant et qui résiderait désormais en Belgique, contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de C. Par ailleurs, à la date du présent jugement, il n'est pas produit de décision de justice relative à cette contribution. Dès lors que le préfet de l'Isère a pu légalement refuser de délivrer un titre de séjour à Mme E en qualité de mère d'un enfant français au motif que la preuve de la contribution effective du parent français à l'entretien de l'enfant n'était pas apportée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susvisées doit donc être écarté.
9. En deuxième lieu, Mme E, qui est entrée en France à l'âge de 29 ans, est célibataire et mère d'une enfant âgée de 4 ans. Elle ne fait état d'aucune attache familiale ou amicale en France tandis qu'elle a nécessairement conservé des attaches dans son pays d'origine. L'emploi d'opérateur en production qu'elle a occupé quelques jours au mois de décembre 2022 n'est pas suffisant pour caractériser une insertion dans la société française. Ainsi, eu égard à la brève durée de la présence en France de l'intéressée et au jeune âge de sa fille, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs de sa décision portant refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H entretient des relations avec sa fille C. En outre, l'arrêté attaqué n'a pas vocation à séparer la requérante de sa fille et n'est donc pas susceptible de porter atteinte à l'intérêt de l'enfant de Mme E. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
12. L'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
13. Il n'est pas contesté en défense que Mme E est la mère d'une enfant française et que la requérante, qui vit avec sa fille, contribue effectivement à son entretien et à son éducation depuis sa naissance. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait les dispositions ci-dessus rappelées et à en demander l'annulation pour ce motif. La décision distincte fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
14. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet procède au réexamen de la situation de l'intéressée et la munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen en vertu de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 2022-LS 225 du 19 décembre 2022 est annulé en tant qu'il oblige Mme E à quitter le territoire français et en tant qu'il désigne le pays de destination.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 31 mai 2023.
La rapporteure,
C. LETELLIER
La présidente,
D. JOURDAN
La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026