Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300175

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Mathis, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 août 2022 portant suspension des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le place en situation de précarité, ne disposant d'aucune ressource et d'aucune solution d'hébergement ; cette situation est d'autant plus grave qu'il est engagé dans une procédure de demande d'asile et doit pouvoir vivre dans des conditions décentes le temps de cette procédure ;

- la décision est entachée d'erreur de fait, d'insuffisance de motivation et le défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu dès lors qu'il justifie se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité dans la mesure où il ne bénéficie d'aucune solution d'hébergement et d'aucun revenu, qu'il a précisé avoir transmis à l'OFII un certificat médical contenant des informations sur sa situation médicale et qu'en tout état de cause, l'OFII aurait dû procéder à une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité et procéder à un nouvel entretien personnel avec lui avant l'édiction de la décision contestée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de violation des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est conformé à l'ensemble de ses obligations et qu'il a été informé le 27 septembre 2022 que les autorités françaises avaient décidé de ne pas mettre en œuvre la procédure de transfert et d'examiner sa demande d'asile en procédure normale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er décembre 2022 sous le numéro 2207949 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 1er février 2023, en présence de Mme Billon, greffière, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Mathis, avocate de M. A.

Une note en délibéré a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 1er février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. A, il y a lieu d'admettre ce dernier à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

2. M. A, ressortissant malien né en 1996, a présenté le 25 août 2021 une demande d'asile sur le territoire français et accepté l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il a été placé en procédure dite Dublin et s'est vu notifier un arrêté portant remise aux autorités espagnoles le 31 janvier 2022. Interpellé lors d'un pointage à la préfecture du Rhône, il a été transféré en Espagne le 5 mai 2022. Il est revenu en France et s'est présenté à la préfecture de l'Isère le 26 juillet 2022 où il a de nouveau été placé en procédure Dublin. La directrice territoriale de l'OFII lui a notifié le même jour son intention de cessation des conditions matérielles d'accueil. M. A a présenté des observations le 29 juillet 2022. Par décision du 18 août 2022, la directrice territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil. Le requérant demande la suspension de l'exécution de cette décision.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette urgence s'apprécie objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

5. Au soutien de sa demande de suspension de la décision du 18 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil, M. A fait valoir que l'absence de versement de l'allocation le laisse sans ressources et le met en situation de précarité. Toutefois, il avait été remis aux autorités espagnoles alors en charge de l'instruction de sa demande d'asile et il ne justifie pas avoir sollicité en vain une prise en charge par ces autorités. Célibataire, sans enfant, âgé de 27 ans, il ne justifie d'aucun problème de santé. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, et alors même que, postérieurement à la décision du 18 août 2022, les autorités françaises ont décidé de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, l'urgence à suspendre la décision attaquée ne peut en l'état être regardée comme caractérisée. Dès lors, ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Grenoble, le 15 février 2023.

Le juge des référés,

T. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.