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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300187

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300187

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BALESTAS DURAND GRANDGONNET MURIDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 janvier 2023 et le 16 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Muridi, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et de lui remettre son passeport dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement ;

4°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du préfet de l'Isère du 15 décembre 2022 en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ainsi que l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

5°) à titre ultra subsidiaire, d'annuler l'arrêté du préfet de l'Isère du 15 décembre 2022 en tant qu'il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ainsi que l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

6°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

7°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 15 décembre 2022 est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'incompétence et d'un défaut de signature ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle aurait des conséquences disproportionnées sur sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire porte atteinte aux droits de la défense ;

- elle est disproportionnée ;

- il appartient à la préfecture d'établir qu'il s'est soustrait aux précédentes mesures d'éloignement ;

- l'absence de délai ne lui permet pas d'apporter la preuve de ses dix années de présence en France ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence et d'un défaut de signature ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement n'est pas établie ;

- la mesure n'est pas adaptée, ni nécessaire ni proportionnée ;

- elle porte atteinte à la liberté individuelle, à la liberté d'aller et venir et au droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 et 17 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban,

- les observations de Me Leurent représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 13 juillet 1987, serait entré en France selon ses déclarations, le 20 juillet 2007, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C. Il a demandé un titre de séjour " vie privée et familiale " le 8 novembre 2009. Le 3 février 2011, l'intéressé a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours exercé à l'encontre de cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 30 septembre 2011 confirmé par arrêt du 20 décembre 2012 de la, cour administrative d'appel de Lyon. Le 4 février 2013, M. D a présenté une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 5 décembre 2013, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Le recours exercé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 12 juin 2014. Le 1er octobre 2014, il a sollicité un titre de séjour à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires. Par un arrêté du 8 juillet 2016, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai. Le recours exercé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble. Le 5 janvier 2021, M. D a demandé un titre de séjour sur le fondement du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 15 décembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du 11 janvier 2023, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable une fois.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 19 janvier 2023, la magistrate désignée a annulé les décisions du 15 décembre 2022 du préfet de l'Isère obligeant M. D à quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle a également annulé l'arrêté du 11 janvier 2023 assignant M. D à résidence dans le département de l'Isère, a enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois et a renvoyé à la formation collégiale le surplus des conclusions de la requête. Le tribunal n'est donc plus saisi que des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions accessoires s'y rattachant.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 26 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 15 décembre 2022 vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle et familiale de M. D. Il est suffisamment motivé au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Les pièces produites par M. D permettent de regarder comme établie sa présence en France depuis l'année 2009 jusqu'à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette ancienneté de séjour en France est largement pondérée par les trois mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2011, 2013 et 2016. Par ailleurs, M. D est fils unique et vit chez sa mère, née en 1962, qui est veuve de son second époux et qui est titulaire d'une carte de résident jusqu'en 2029. Ses attaches familiales proches sont donc en France depuis le décès de son père depuis le 13 mai 1988. Il était cependant âgé de 35 ans à la date de l'arrêté attaqué ainsi que célibataire et sans enfant. Si M. D produit deux certificats médicaux établis par un psychiatre les 16 janvier 2023 et 23 février 2023 indiquant que sa mère souffre d'un état d'anxiété important suite à deux deuils pathologiques et qu'elle a besoin de la présence de son fils unique, ces deux pièces ne suffisent pas établir que sa présence est indispensable auprès de sa mère qui est salariée et qui peut être aidée par d'autres membres de sa famille en France, même si sa belle-fille déclare ne pouvoir l'assister. Aussi, compte tenu de l'âge de M. D, des conditions de son séjour en France et du fait qu'il ne justifie pas d'une insertion particulière malgré son long séjour en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels le refus de titre de séjour a été pris. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, des dispositions de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doivent être écartés.

7. En troisième lieu, pour les raisons qui viennent d'être exposées, le refus de titre de séjour opposé à M. D n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il comporte sur sa situation.

8. En quatrième lieu, M. D n'a pas demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut donc utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien: " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7: les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans () ".

10. M. D ne justifie pas de sa présence en France depuis dix ans au 1er juillet 2009, date d'entrée en vigueur de l'accord du 28 avril 2008. Il ne remplit pas, dès lors, les conditions pour se prévaloir des stipulations de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour du 1er décembre 2022.

Sur les autres conclusions :

12. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

13. Les dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Muridi et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

M. Ban, premier conseiller.

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

J-L. Ban

Le président,

C. Sogno

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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