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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300222

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300222

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Huard demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- méconnaît le droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme C a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant Mme A.

1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

2. Mme A, ressortissante congolaise, née en 1993, soutient être entrée en France le 13 février 2022. Bénéficiaire d'une protection internationale en Grèce depuis le 26 janvier 2021, elle a vu sa demande d'asile rejetée pour irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 29 juillet 2022. Par l'arrêté attaqué du 26 décembre 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, à savoir la Grèce ou " tout pays où elle est légalement admissible, à l'exception de la République Démocratique du Congo ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à l'intéressée de le contester utilement. Il est par suite suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et L. 621-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de l'article L. 621-1 soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait faire l'objet d'obligation de quitter le territoire et que la directive 2008/115/CE aurait été méconnue.

5. En troisième lieu, Mme A fait valoir qu'elle n'a pas été en mesure de présenter des observations sur sa situation personnelle alors qu'aurait pu avoir une incidence sur la décision du préfet, le fait que son fils passe des examens en vue de diagnostiquer un éventuel trouble autistique. Toutefois, le préfet n'a pas l'obligation de convoquer l'intéressée et il n'est pas soutenu qu'elle aurait vainement tenté de porter à la connaissance de celui-ci l'existence de consultations médicales auprès de la protection maternelle et infantile qu'elle établit par un certificat du 26 janvier 2023, postérieur à l'arrêté en litige. Mme A n'est, dans ces conditions, pas fondée à se prévaloir de la violation du principe général de droit communautaire issu de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux, lui reconnaissant le droit d'être entendu avant l'intervention d'une décision défavorable à son encontre.

6. En quatrième lieu, Mme A fait valoir, au titre de l'intérêt supérieur de son enfant, qu'il parle français, que sa scolarité doit se poursuivre en France et que des troubles autistiques sont en cours de diagnostic. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet enfant né en janvier 2020 serait scolarisé. En outre, le certificat médical établi le 26 janvier 2023, postérieurement à la décision attaquée ainsi qu'il a été dit, retient simplement un " retard de langage " et quelques " atypies de comportement " qui ne pourront faire l'objet d'un diagnostic qu'après traitement chirurgical de troubles ORL. Cette circonstance ne s'oppose pas à ce que cet enfant reparte avec sa mère en Grèce, pays dans lequel le diagnostic pourra se poursuivre. Dès lors, l'arrêté contesté, qui n'emporte pas séparation de Mme A avec son enfant, n'a pas porté une atteinte contraire au 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6, le préfet de l'Isère n'a pas entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La magistrate désignée,

A. CLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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