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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300241

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300241

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai après l'avoir autorisé provisoirement au séjour sans délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa demande fondée sur le renouvellement de son titre relatif à son état de santé ou la délivrance d'un titre en qualité de salarié et non au titre de sa vie privée et familiale ;

- a été prise au terme d'une procédure viciée faute de produire l'avis du collège des médecins de l'agence régionale de santé (ARS) ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste les moyens soulevés par M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet, présidente,

- et les observations de Me Schürmann, représentant M. C.

1. M. B C, ressortissant guinéen né en octobre 1989, dit être entré en France le 27 juin 2018. Il a formé une demande d'asile le 25 juillet 2018 et le 27 novembre suivant, le préfet de l'Isère a ordonné son transfert vers l'Italie, responsable de l'examen de cette demande. M. C indique être revenu en France le 28 janvier 2019, quinze jours après la mise à exécution de son transfert et la France est redevenue responsable de l'examen de cette demande d'asile, rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 1er octobre 2021. Par ailleurs, M. C a été autorisé au séjour en raison de son état de santé du 30 septembre 2020 au 29 septembre 2021. L'arrêté en litige mentionne qu'il a demandé " le maintien de son droit au séjour au regard des articles L. 433-6 et L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Rejetant cette demande, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Il n'a pu être statué sur la demande d'aide juridictionnelle du requérant. Au regard de l'urgence, il y a lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de cette aide.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 26 juillet 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment les " arrêtés d'obligation de quitter le territoire français avec refus de séjour et fixant le pays de destination d'un ressortissant étranger ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées.

5. Le préfet a produit l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel M. C peut bénéficier dans son pays d'origine des soins indispensables à son état de santé. Le requérant, qui ne réplique pas après production de cet avis, n'en remet pas sérieusement en cause la régularité en se bornant à rappeler qu'il doit permettre l'identification des médecins. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'avis régulier doit être écarté.

6. En se bornant à indiquer que le préfet " n'a pas recherché si un traitement approprié à sa pathologie existait dans son pays d'origine " alors qu'il est " parfaitement démontré que son traitement n'existe pas en Guinée ", le requérant, qui ne fournit aucune précision sur son état de santé ou sur un éventuel traitement médicamenteux en cours et n'analyse pas les pièces qu'il produit, ne remet pas en cause l'avis médical cité au point précédent et ne soutient pas sérieusement le moyen tiré de ce que le refus de séjour au titre de son état de santé méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, le refus de titre en litige, rendu au visa de l'article L. 425-9 et après un avis du collège des médecins de l'OFII que le préfet a fait sien, se prononce sur le droit au séjour de M. C au titre de son état de santé. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C aurait formé une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen au titre de ces deux chefs de demande doit être écarté.

8. M. C est arrivé récemment en France où il n'a été provisoirement autorisé au séjour que pour bénéficier de soins. Il n'a pas d'attaches dans ce pays en dehors de sa compagne, de même nationalité et dans la même situation administrative que lui. Si le couple a eu un enfant en juin 2022, M. C conserve des liens importants dans son pays d'origine où demeure notamment son fils âgé de huit ans. Dans ces circonstances et quand bien même M. C travaille en intérim très régulièrement comme agent de tri pour la société Paprec, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre ou l'obligation de quitter le territoire seraient entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens d'annulation ne peuvent qu'être écartés. Les conclusions en annulation doivent ainsi être rejetées, de même que les conclusions en injonction et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Morel, premier conseiller,

M. Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

A Triolet

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. MorelLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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