mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2023, Mme B C veuve D, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée ou familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
L'arrêté attaqué pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
Le refus de titre de séjour :
- méconnaît les articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'est pas justifié de ce que l'avis de la commission du titre de séjour ait été rendu en formation collégiale par des personnes compétentes en vertu de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de la requérante au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C veuve D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2023.
Par ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2023 à 9 heures
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de M. E pour le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C veuve D, ressortissante marocaine née en 1973, déclare être entrée en France pour la dernière fois le 25 juillet 2011. Le 17 mars 2021, elle a sollicité un titre de séjour en se prévalant de sa présence en France depuis 2011 et de son union avec un ressortissant français en 2009. La commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable le 20 septembre 2022. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. G A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département () ; 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ".
4. Il ressort de l'arrêté du 16 novembre 2021 fixant la composition de la commission du titre de séjour dans le département de l'Isère et de la feuille de présence à la séance du 20 septembre 2022, que la composition de la commission du titre de séjour qui s'est prononcée sur la demande de titre de séjour de la requérante était régulière et a été rendu en formation collégiale. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis rendu par la commission du titre de séjour, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Aux termes de l'article L. 114-6 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient () ".
6. Pour rejeter la demande de titre de séjour de la requérante, le préfet de l'Isère a notamment indiqué, après avoir relevé que l'intéressée n'avait produit que des promesses d'embauche mais aucune autorisation de travail ni contrat de travail visé par les autorités compétente, elle n'avait pas entendu solliciter un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par ailleurs, après avoir indiqué que la requérante ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, le préfet de l'Isère a indiqué qu'il n'y avait pas lieu de procéder à une régularisation au titre de son pouvoir discrétionnaire.
7. D'une part, contrairement à qu'elle soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier et en particulier de la fiche de renseignements, renseignée par la requérante au moment du dépôt de sa demande de titre de séjour, qu'elle avait sollicité un titre de séjour salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. En l'absence de demande de titre de séjour présentée sur ce fondement et dès lors que le préfet de l'Isère n'a pas rejeté la demande de titre de séjour de la requérante en raison de son caractère incomplet mais au motif notamment qu'elle ne pouvait être regardée comme justifiant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour, la requérante ne peut se prévaloir de ce que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ni de ce qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
8. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour était affectée d'un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
9. En troisième lieu, la requérante déclare être entrée en France pour la dernière fois le 25 juillet 2011 à l'âge de 38 ans après le décès de son époux de nationalité française le 14 juin 2011. Elle ne démontre pas résider en France depuis plus de dix ans. La circonstance que la commission du titre de séjour a été saisie avant la décision préfectorale rejetant sa demande de titre de séjour ne suffit pas, à elle seule, à établir sa présence en France depuis plus de dix ans. Par ailleurs, à la date de l'arrêté attaqué, la requérante est célibataire sans enfant. Si elle se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs nées en 1979 et 1977 qui sont respectivement de nationalité française et titulaire d'une carte de résident de dix ans, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc où réside sa mère. Dans ces conditions et en dépit des attestations produites, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et en dépit des attestations produites et de la production de promesses d'embauche dont deux sont au demeurant postérieures à l'arrêté attaqué, les moyens tirés de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Le préfet peut également, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, admettre au séjour un ressortissant marocain au titre de sa vie privée et familiale.
11. Eu égard à ce qui a été dit au point 9, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de la requérante au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de promesses d'embauche, dont certaines sont postérieures à l'arrêté attaqué, pour travailler dans le domaine de la restauration, elle ne justifie pas d'une qualification ou d'une expérience suffisante dans ce secteur d'activité par la seule production de deux fiches de salaires, par la participation à quatre ateliers culinaires et par son bénévolat au sein de l'association Cantine Savoyarde Solidarité depuis septembre 2014 au sein de laquelle lui ont été notamment confiées des tâches relatives à l'aide au repas. La circonstance que le secteur de la restauration connaît des difficultés de recrutement ne saurait être regardée, par principe, comme attestant, par là-même, de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que ces circonstances ne constituaient pas une considération humanitaire ni un motif exceptionnel justifiant son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales directement invoqué contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.
Sur les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
13. Pour les motifs indiqués ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
14. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme C veuve D est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve D, à Me Sabatier et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
A. F
Le président,
J-P. Wyss
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026