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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300289

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300289

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Gambert, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet de l'Isère a commis une erreur de fait en indiquant que ses parents et que toute sa fratrie résident en Algérie alors que ses parents sont décédés et que l'une de ses sœurs vit en France ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 20 mars 2023 à 18h23, qui n'ont pas été communiquées.

Par ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2023 à 9 heures

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Gambert pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1979, est entré en France le 13 décembre 2010. Le 6 juillet 2022, il a sollicité un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien ou la délivrance d'un titre de séjour à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. E A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 26 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. Les documents produits par M. C, célibataire et sans enfant, ne permettent pas d'établir qu'il réside en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué en l'absence de pièces pour l'année 2012, de la production d'un seul courrier de l'assurance maladie pour l'année 2011 et d'une seule attestation d'hébergement pour les années 2016 et 2017 établie par la sœur du requérant postérieurement à l'arrêté attaqué et dépourvue de force probante. Si une de ses sœurs vit en France sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2028, le reste de la fratrie réside en Algérie. Dans ces conditions, en dépit d'une promesse d'embauche et de la conclusion postérieurement à l'arrêté attaqué d'un contrat de travail à durée indéterminée, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise et n'a donc, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, le préfet de l'Isère a commis une erreur de fait en indiquant que les parents et toute la fratrie du requérant résident en Algérie alors que les parents du requérant sont décédés et que l'une de ses sœurs vit en France. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, cette erreur est sans incidence sur le sens de la décision qui a été prise par le préfet.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".

7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour dès lors que ces dispositions s'appliquent aux décisions portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.

9. En second lieu, comme il a été dit au point 4, le requérant n'établit pas résider en France depuis plus de dix années. Par ailleurs, il ne produit aucun élément de nature à démontrer la régularité de son séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 qui a remplacé l'ancien article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Si le requérant soutient qu'il craint pour sa vie et son intégrité physique en cas de retour en Algérie, il ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Il ne rapporte donc pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J-P. Wyss

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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