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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300310

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300310

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSELARL TREQUATTRINI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Trequattrini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Savoie a rejeté son recours et refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;

2°) d'enjoindre à la commission de la Haute-Savoie de réexaminer sa demande de logement, sous astreinte de 700 euros par mois de retard à compter de l'expiration d'un délai d'un mois suivant la notification de la décision intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le logement qu'il occupe est inadapté à sa situation de handicap et ne peut faire l'objet de travaux d'adaptation.

Une mise en demeure a été adressée le au préfet de la Haute-Savoie qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, pour statuer sur la requête en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 7 juillet 2022 un recours auprès de la commission de médiation de la Haute-Savoie en vue d'obtenir une offre de logement conformément aux dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 17 novembre 2022 la commission de médiation a rejeté son recours estimant que le caractère prioritaire et urgent de sa demande ne pouvait être retenu. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. ()/ IV bis. - Les propositions faites en application du présent article aux demandeurs reconnus prioritaires par les commissions de médiation ne doivent pas être manifestement inadaptées à leur situation particulière ".

4. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; /-être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ()- être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. ./ La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

5. Il est constant que M. B, dont la première demande de logement social date d'août 2017, était à la date de la décision attaquée en attente d'un logement depuis un délai supérieur à 36 mois, délai anormalement long fixé par arrêté préfectoral. La commission de médiation pouvait dès lors examiner la situation d'ensemble du demandeur au regard des conditions dans lesquelles il est logé à la date de sa décision.

6. Pour rejeter, par la décision attaquée du 17 novembre 2022, le recours déposé par M. B en vue d'une offre de logement social dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation de la Haute-Savoie s'est fondée sur la circonstance qu'il occupe un logement du parc social qui " semble " adapté à ses besoins et capacités et " qui n'est pas manifestement inadapté au regard de son handicap ". Le requérant, par les pièces produites notamment des certificats médicaux circonstanciés, justifie d'une situation de handicap physique qui requiert de disposer d'une douche à l'italienne, et que le logement occupé à la date de la décision contestée ne peut faire l'objet de travaux d'adaptation. Dans ces conditions, M. B établit remplir les conditions fixées par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation justifiant que sa demande d'un logement adapté à sa situation de handicap soit reconnue comme prioritaire et urgente. Le requérant est, dès lors, fondé à demander l'annulation de la décision du 17 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la demande de logement de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 novembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la demande de logement social de M. B dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée,

E. CLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300310

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