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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300357

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300357

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 janvier et 2 février 2023, M. B C, représenté par Me Morlat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n°2022 - AF 160 du 9 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence d'Algérien, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui interdisant tout retour sur celui-ci pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays d'éloignement et l'interdiction de retour :

- est absurde au regard du temps passé par le requérant en France et de son absence de lien avec l'Algérie.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui a produit des pièces le 20 janvier 2023 et un mémoire le 26 janvier suivant.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Akoun, magistrate désignée ;

- les observations de M. B C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose oralement, assisté de Mme H, interprète en langue arabe, et celles de Mme F représentant le préfet de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien, né le 18 mai 1987, entré en France le 20 juillet 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable un mois, a fait l'objet d'un premier arrêté emportant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence pendant 45 jours le 25 juillet 2017 qu'il ne justifie pas avoir exécuté. Celui-ci a, par la suite, bénéficié d'un certificat de résidence algérien en tant que parent français du 31 juillet 2019 au 30 juillet 2020 puis du 16 avril 2021 au 15 avril 2022. M. B C demande l'annulation de l'arrêté n°2022 - AF 160 du 9 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence d'Algérien, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui interdisant tout retour sur celui-ci pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et l'assignation à résidence. En conséquence, les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

Sur les conclusions en annulation :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 24 septembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, l'arrêté énonce avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, il satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, si le requérant invoque l'ancien article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant, d'une part, que cet article n'est plus applicable depuis mai 2021, d'autre part, que s'il a entendu soulever la violation de l'actuel article L. 423-23 du même code, ces dispositions ne s'appliquent pas à sa situation dès lors que le droit au séjour des ressortissants algériens est régi par l'accord franco-algérien.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B C, de nationalité algérienne, est le père de la jeune D C, née le 13 novembre 2018 et qu'il est séparé de sa mère, Madame E G. M. B C, actuellement incarcéré, a été condamné le 30 septembre 2020 par jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Vienne, à une peine d'emprisonnement de vingt-quatre mois dont quinze avec sursis probatoire pendant une durée de deux ans, pour les faits qui lui sont reprochés de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lie à la victime par un pacte civil de solidarité, appels téléphoniques malveillants réitérés par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lie par un pacte civil de solidarité ainsi que violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur une mineure de moins de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime. Par ce même jugement du 30 septembre 2022, il a également été prononcé à son encontre l'interdiction d'entrer en relation avec la mère de son enfant pendant une durée de cinq ans, et de paraître au domicile de cette dernière. M. B C est, en outre, inscrit au fichier des personnes recherchées et défavorablement connu des services de police pour différentes interpellations en juillet, octobre et novembre 2019 pour des faits de violence sur Mme G.

9. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la gravité et à la persistance des infractions relevées, le requérant qui ne justifie d'aucune des attaches qu'il allègue en France autre que sa fille, à l'égard de laquelle il a lui-même été violent, n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement violerait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni, en tout état de cause, les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle comporte sur sa situation.

Sur les conclusions en injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Me Morlat, avocate de M. B C.

D E C I D E :

Article 1 : M.C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Morlat et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023

La magistrate désignée,

E. A Le greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne au le préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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