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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300455

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300455

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 janvier 2023 et le 28 mars 2023, M. A B, représenté par Me Basset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti cette mesure d'une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer la situation de M. A B dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et la préfète de la Drôme ne s'est pas livrée à un examen de la situation personnelle de l'intéressé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant fixation du pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 mars 2023 et le 25 avril 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés et demande une substitution de base légale entre le 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (abus de droit) et le 1° du même article.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol,

- et les observations de Me Basset.

Considérant ce qui suit :

1. M. B connu sous cinq autres identités, se déclarant ressortissant slovène né le 1er septembre 1974, est entré en France en août 2022 selon ses déclarations. Il a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Valence du 16 janvier 2023 à une peine d'emprisonnement de 12 mois dont 6 mois avec sursis pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation et recel de biens provenant d'un vol aggravé. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit ainsi que les éléments de fait propres à la situation de M. B sur lesquels elle se fonde. Ainsi, la décision contestée qui n'est pas stéréotypée satisfait à l'obligation de motivation résultant de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne résulte pas des termes de cette décision que la préfète de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. B. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies. Constitue également un abus de droit le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1o Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2o Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () .

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le séjour en France de M. B depuis plus de trois mois serait motivé par le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. Par suite, la préfète de la Drôme a fait une inexacte application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Drôme s'est fondée, pour prendre la décision litigieuse, sur le comportement récent de M. B, qui a fait l'objet d'une incarcération pour vol par effraction, qu'il est connu des services de police sous cinq autres identités et du risque de récidive avéré au fil des années. M. B a fait l'objet de nombreuses signalisations au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) notamment pour des faits de vols en bande organisée. Eu égard à la nature et à la gravité des faits recensés, la préfète de la Drôme a pu estimer que sa présence en France était de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. D'autre part, contrairement à ce que soutient M. B, il ne justifie pas d'une activité professionnelle continue en France. En effet, l'intéressé ne justifie que de très peu de ressources pour lui-même dès lors qu'il ressort de ses fiches de paie qu'il a travaillé comme intérimaire pour 44 heures en septembre 2022, 2 heures en octobre 2022, 60 heures en novembre 2022 et 35 heures en décembre 2022. Il est hébergé à l'entraide Montélimar et se trouve ainsi en situation de dépendance vis-à-vis du système d'assistance sociale français. Enfin, si la préfète mentionne que l'intéressé n'était pas affilié à une caisse d'assurance maladie alors que l'intéressé a obtenu son attestation de droits à l'assurance maladie pour l'année 2023, il résulte de l'arrêté pris à son encontre qu'elle aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ces modestes ressources. A la demande de la préfète de la Drôme, les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles du 3° du même article relatif à l'abus de droit dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Le conseil du requérant ayant été préalablement mis à même de présenter ses observations, il y a lieu de procéder à cette substitution.

7. Il s'ensuit que la préfète de la Drôme dont il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces deux seuls motifs a pu légalement obliger M. B à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de l'erreur de fait, de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par voie d'exception de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

10. M. B est entré pour la dernière fois en France très récemment et ne justifie d'aucune intégration particulière. Au cours de son bref séjour, il a été incarcéré pour des faits de vols aggravés. Il ressort du fichier du traitement des antécédents judiciaires que l'intéressé est connu sous différentes identités pour de nombreux faits. Il n'est pas justifié par la seule procuration postale qu'il serait en concubinage avec Mme C, et des 5 enfants de cette dernière, alors que sa déclaration de situation pour les prestations familiales et les aides au logement déposée le 17 novembre 2022, n'en fait pas mention. A supposer même que sa relation soit postérieure à cette date, elle serait très récente et en tout état de cause rien ne fait obstacle à que la cellule familiale se reconstitue hors de France alors que cette personne ne présente aucun droit au séjour en France. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de circulation sur le territoire d'une durée d'un an méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. En égard à ce qui a été dit précédemment, l'arrêté ne méconnaît pas l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Basset et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

E. BARRIOL

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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