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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300462

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300462

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300462
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Huard, demande au tribunal:

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2022-CL-01 du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023-AP-030 du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande après remise d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivé ;

- il est disproportionné et entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale l'interdiction de retour en France ;

- cette interdiction n'est pas motivée ;

- sa durée a été fixée sans examen des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- sa durée est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale la décision l'assignant à résidence.

Par un mémoire enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par jugement du 31 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a statué sur les conclusions autres que celles qui tendent à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, à la demande d'injonction au préfet qui en sont l'accessoire et à la mise à la charge du préfet des frais d'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023:

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Huard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant macédonien, serait entré en France en août 2010. Après rejet définitif de sa demande d'asile en décembre 2012, il a fait l'objet, en juin 2012, juin 2014 et juillet 2016, de trois obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. En janvier 2020, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Isère lui a, par arrêté du 15 décembre 2022, opposé un refus et a prescrit son éloignement du territoire français. Ultérieurement, par arrêté du 11 janvier 2023, M. C a été assigné à résidence. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir de ces deux arrêtés.

2. Compte tenu de l'assignation à résidence prise à l'égard de M. C, le magistrat désigné a statué par jugement susvisé du 31 janvier 2023 et selon la procédure prévue aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision refusant un délai de départ volontaire, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et de l'arrêté d'assignation à résidence ainsi que sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Dans la présente instance, il ne reste donc à statuer que sur la légalité du refus de titre de séjour ainsi que sur les conclusions accessoires de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la décision portant refus de titre de séjour:

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

5. Si à la date de la décision attaquée, M. C se prévaut d'une durée de 12 ans de présence en France, il ne l'établit pas alors, au demeurant, qu'il y a pour l'essentiel séjourné irrégulièrement, à la faveur de l'inexécution de trois précédentes obligations de quitter le territoire français. Les quelques attestations de connaissances et la circonstance qu'il disposerait d'une promesse d'embauche ne suffisent pas à caractériser une intégration sociale d'une particulière intensité. Sur un plan familial, sa compagne, également macédonienne, se trouve dans la même situation administrative que la sienne. Dans la mesure où, par ailleurs, rien n'indique que les deux enfants encore mineurs du couple ne pourraient pas poursuivre leur parcours en Macédoine, il n'y a pas d'obstacle avéré à ce que ces derniers accompagnent leurs parents dans cet Etat. Il est vrai que les deux enfants majeurs du couple, respectivement âgés de 19 et 22 ans à la date de la décision attaquée, résident pour leur part régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire valable, respectivement, jusqu'en juillet 2024 et octobre 2023. Toutefois, les deux aînés n'ont pas vocation à continuer à vivre avec leurs parents et rien ne fait au demeurant obstacle à ce qu'ils rendent visite à leur famille en Macédoine. Il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour ne méconnaît ni les dispositions citées au point précédent ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les motifs exposés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

7. L'article 3-1 de la convention de New York ne garantit pas aux deux autres enfants du couple, Erdjan et Samara, respectivement âgés de 16 ans et 8 ans à la date de la décision attaquée, de se maintenir dans l'Etat où résident leurs deux aînés, devenus majeurs, ainsi qu'il a été dit au point 5. S'il est vrai que le requérant justifie qu'Erdjan a effectué l'intégralité de son parcours scolaire en France, il est inscrit au titre de l'année 2022-2023 en parcours de formation MLDS et rien n'indique qu'il ne pourrait pas poursuivre son insertion professionnelle en Macédoine. Rien ne fait par ailleurs obstacle à la scolarisation de la benjamine en Macédoine. Dans ces circonstances, et alors que le refus de titre n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. C de ses enfants mineurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées par M. C, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

I. B

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 230046

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