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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300520

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300520

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOLLANGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Collange, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 22 décembre 2022, par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

-le signataire de l'acte était incompétent ;

En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi:

- elles doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle conteste chacun des moyens soulevés par le requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ", il y a lieu eu égard aux dispositions précitées d'admettre provisoirement C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. M. A C, ressortissant tunisien né le 14 janvier 1993, est entré régulièrement en France le 18 octobre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour en cette même qualité valable du 6 janvier 2022 au 5 janvier 2023. Par l'arrêté attaqué du 22 décembre 2022, la préfète de la Drôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

3.En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E, directeur des collectivités et de la légalité et des étrangers de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4.En deuxième lieu, pour refuser à M. C, alors même qu'il ne l'avait pas demandé, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet lui a opposé la circonstance qu'il ne disposait pas d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes " et qu'il ne justifiait pas que son employeur aurait formulé une demande afin qu'il lui en soit délivré un. En se bornant à faire valoir qu'il a exercé une activité salariée dans un métier en tension, M. C, qui ne se prévaut d'aucune autorisation de travail dans le cadre de sa demande de titre, n'établit aucune erreur de fait. Le moyen doit être écarté.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6.Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. C fait valoir qu'il réside en France depuis le 18 octobre 2020, qu'il a exercé dès son arrivée le métier de soudeur, qu'il est actuellement embauché dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminé, et qu'il s'est particulièrement bien intégré. Il ressort cependant des pièces du dossier que si M. C justifie disposer d'un contrat de travail à temps plein pour une durée indéterminée sur un emploi de " monteur soudeur polyvalent ", avec une rémunération brute de 1 941 euros, ce métier ne figure pas sur la liste des familles professionnelles caractérisées par des difficultés de recrutement établie pour la région Rhône-Alpes par l'annexe I de l'arrêté du 1er avril 2021 susvisé. De plus, à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressé, qui est entré en France à l'âge de 27 ans, ne partageait plus de vie commune avec son épouse française, dont il a divorcé le 18 janvier 2023, et ne justifie pas d'autres liens stables et intenses sur le territoire français en se bornant à produire quelques brèves attestations émanant de collègues. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et nonobstant son intégration professionnelle, la préfète de la Drôme n'a pas porté, compte tenu des buts de sa mesure, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de salarié. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7.Enfin, en quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de délivrance de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre les autres décisions contenues dans l'arrêté attaqué.

8.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: La requête susvisée est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Drôme, ainsi qu'à Me Collange.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. B et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

N. D

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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