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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300530

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300530

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier et 6 février 2023, Mme B C, représentée par Me Morlat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé de sa remise aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de le convoquer sous 8 jours pour enregistrer sa demande d'asile et de l'admettre provisoirement au séjour pendant l'examen de sa demande par l'OFPRA et la CNDA, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à défaut d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'acte n'est pas justifiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas rapporté la preuve de la délivrance d'une information conforme aux prescriptions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas rapporté la preuve que l'entretien a été conduit par une personne qualifiée en vertu du droit national ;

- elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations l'état de santé de sa fille, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il n'est pas justifié de l'existence de la décision expresse d'acceptation de son transfert par les autorités allemandes ;

- le préfet n'a pas vérifié s'il disposait d'un droit au recours effectif en Allemagne ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- le préfet n'a pas examiné la possibilité de faire usage de la dérogation prévue au §2 de l'article 3 du règlement ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- il méconnaît l'alinéa 4 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 7 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience du 8 février 2023 à 10 heures, ne s'y sont pas présentées.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D A, adjointe à la cheffe du pôle régional Dublin, titulaire d'une délégation de signature à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, par arrêté du 23 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté expose avec une grande précision les considérations de droit et les éléments propres à la situation de Mme C sur lesquels il se fonde. Il répond en cela à l'exigence de motivation posée par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 impose aux Etats membres d'informer le demandeur d'asile de ses modalités d'application. Le § 2 de cet article prévoit que ces informations sont données par écrit dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend. En l'espèce, la préfète du Rhône a versé au dossier la copie des premières pages des brochures d'information A et B paraphées par Mme C, en albanais, langue qu'elle comprend. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que le demandeur d'asile doit pouvoir bénéficier d'un entretien individuel, dans des conditions garantissant la confidentialité, dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, que l'entretien doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et qu'un résumé de l'entretien auquel l'intéressé doit avoir accès en temps utile doit être établi. En l'espèce, cet entretien a eu lieu le 16 septembre 2022 en préfecture de l'Isère. Mme C a été entendue par un agent de la préfecture et, dès lors, l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens de cet article. Aucun élément ne tend à démontrer que l'exigence de confidentialité n'a pas été respectée. Un résumé de cet entretien a été rédigé le jour même et a été paraphé par la requérante. Enfin, cet article n'impose pas que soient mentionnés les nom et prénom du fonctionnaire ayant conduit l'entretien. Dès lors, le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.

6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, lors de cet entretien, Mme C a été privée de la possibilité de faire valoir des éléments de sa situation personnelle tenant, notamment, à l'état de santé de sa fille. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision contestée est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu qui lui est garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. En sixième lieu, Mme C ne verse au dossier aucun élément justifiant que des membres de sa famille au sens de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 seraient bénéficiaires d'une protection internationale en France. En conséquence, il n'est pas fondé à conclure à une violation de l'article 9 de ce règlement.

8. En septième lieu, la préfète du Rhône a versé au dossier le courrier du 14 octobre 2022 par lequel les autorités allemandes ont accepté leur responsabilité pour le traitement de la demande de Mme C.

9. En huitième lieu, les autorités allemandes ont accepté la prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12 § 4 du règlement qui régit une situation dans laquelle la demande d'asile n'a pas encore été examinée. Mme C ne peut donc utilement soutenir qu'elle serait privée en Allemagne de son droit à un recours effectif prévu par l'article 18 § 2 d) qui ne s'applique que lorsque la demande d'asile a été rejetée en première instance.

10. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. (). / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". Ces dispositions sont appelées à recevoir application au profit des personnes susceptibles de bénéficier du droit d'asile en vertu du 4ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946. En conséquence, Mme C ne peut utilement invoquer des dispositions constitutionnelles qui ont été traduites dans la loi.

11. En dixième lieu, la décision contestée a uniquement pour objet de renvoyer Mme C en Allemagne, où elle n'est pas susceptible d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cet Etat est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aucun élément ne tend à établir que les autorités nationales ne procéderaient pas, à la requête de l'intéressé ou même d'office, à une évaluation des risques de mauvais traitements auxquels elle pourrait être exposée en cas de retour au Kosovo.

12. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de Mme C ne pourrait bénéficier en Allemagne des soins que nécessite son état de santé, ni que celui-ci s'oppose à un transfert. Dès lors, le préfet du Rhône n'a pas pris sa décision en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue au § 1 de l'article 17 de ce même règlement et en décidant de sa remise aux autorités suisses.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme C est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Morlat et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

C. SognoLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300530

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