Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300532

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour d'un an.

M. C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen attentif de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination et celle lui refusant un délai de départ volontaire sont illégales ;

- l'interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, est entré selon ses dires en 2019. Sa demande a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 janvier 2021, décision confirmée le 27 juillet 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 janvier 2023, il a été interpelé et placé en retenue administrative pour vérification de sa situation administrative. Par un arrêté du même jour dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an.

Sur les moyens communs :

2. D'une part, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement de la préfecture qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 12 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français et les décisions portant interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. D'autre part, l'arrêté, qui n'avait pas à reprendre tous les détails de la situation du requérant, mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Savoie ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision attaquée.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France et qu'il ne justifie pas d'une intégration particulière, même s'il indique travailler comme cuisinier Célibataire et sans enfant, il ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France et alors que la vie privée et familiale de M. C peut se poursuivre dans son pays d'origine, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

5. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, M. C n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision fixant la Tunisie comme pays de destination serait illégale.

Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Savoie a estimé qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre. En se bornant à soutenir qu'il est présent en France depuis 2019 de manière ininterrompue, le requérant ne démontre pas que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il est constant qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour.

Sur l'interdiction de retour :

8. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait " manifestement illégale en ce qu'elle ne tient pas compte de sa situation personnelle et socioprofesionnelle ", n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.

Le président

J.P. A

La greffière

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230053