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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300538

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300538

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Schurmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 41-1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas pu se rendre à la Cour nationale du droit d'asile et exposer ses craintes en cas de retour ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête de M. C.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits fondamentaux et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité arménienne, déclare être entré en France le 10 juin 2022. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 décembre 2022, qu'il a contesté par un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 10 janvier 2023, dont M. C demande l'annulation, la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. D'une part, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par la préfète par arrêté publié le 27 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. D'autre part, l'arrêté mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Drôme ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision attaquée ou se serait crue en situation de compétence liée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le refus de la demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été pris dans le cadre d'une procédure accélérée sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 531-24 du code, l'Arménie faisant partie de la liste des pays d'origine sûrs. Par suite, M. C entre dans le cas prévu par les dispositions précitées du 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut faire obligation à un étranger de quitter le territoire français.

7. Aux termes de l'alinéa premier de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. " ;

8. D'une part, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, dont la démarche tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'il pourra le cas échéant faire l'objet d'un refus d'admission au séjour en cas de rejet de sa demande et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il convient de relever à ce titre que, contrairement à qu'il soutient, M. C a été mis à même de faire valoir tout élément utile tenant à sa situation personnelle à l'occasion de sa demande d'asile, puis de formuler des observations écrites auprès de l'administration préfectorale. Par ailleurs, le requérant ne fait état d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance et l'administration et qui aurait été susceptible d'influer sur le prononcé ou les modalités d'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. La circonstance que la Cour nationale du droit d'asile ne s'est pas prononcée sur le rejet opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à sa demande de réexamen ne constitue pas un manquement aux stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu préalablement à une décision administrative défavorable doit être écarté.

9. D'autre part, le droit à un procès équitable et à un recours effectif garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'implique pas nécessairement que l'étranger soit autorisé à demeurer sur le territoire français pour répondre des procédures juridictionnelles qui le concernent, dès lors, notamment, qu'il dispose, comme en l'espèce, de la faculté de se faire représenter par un conseil. Par suite, la circonstance que le recours contre le rejet de la demande d'asile soit toujours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ne fait pas obstacle à l'adoption de la décision obligeant à quitter le territoire français. En outre, M. C n'établit pas que toutes les informations relatives à cette procédure ne pourraient lui être communiquées en temps utile en cas de retour en Arménie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de son droit à un procès équitable doit être écarté.

10. Si M. C soutient qu'il éprouve des " craintes réelles " en cas de retour en Arménie, pays considéré d'origine sûre, il n'établit cependant par aucune pièce probante la réalité, la nature et l'actualité des risques qu'il dit encourir personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

11. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il ne peut être regardé comme présentant, au sens de ces dispositions, des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Schurmann et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le président

J.P. A

La greffière

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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