mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023 sous le n° 2300545, Mme C F, représentée par Me Schurmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 150 euros ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'un de ses deux fils majeurs réside en France régulièrement ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de son ancienneté de séjour et de travail ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023 sous le n° 2300546, M. B F, représenté par Me Schurmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 150 euros ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'un de ses deux fils majeurs réside en France régulièrement ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de son ancienneté de séjour et de travail ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- les observations Me Schürmann, avocate de Mme et M. F ;
- les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. En raison de l'urgence à statuer sur les requêtes, il y a lieu d'admettre les requérants à l'aide juridictionnelle provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
2. Mme et M. F, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1968 et 1967, sont entrés en France avec leurs deux enfants mineurs en décembre 2011. Leurs demandes d'asile ayant été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 28 octobre 2013, ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement le 31 décembre 2013 qui ont été annulées par le tribunal, les intéressés ayant retiré des dossiers de réexamen de leurs demandes d'asile le 19 décembre 2013 et ayant été convoqués pour déposer ces demandes. Ils ne se sont pas présentés aux convocations pour transmission de leurs dossiers à l'OFPRA et ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement par des arrêtés du 11 août 2014 qu'ils n'ont pas contestés. Leurs demandes de titres de séjour présentées le 15 juin 2016 ont été rejetées par des décisions du 4 décembre 2017 assorties d'obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 22 mars 2018. Le 4 septembre 2019, ils ont sollicité à nouveau la délivrance de titres de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° devenu L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires. Après des avis défavorables de la commission du titre de séjour du 20 septembre 2022, le préfet de l'Isère a, par les arrêtés attaqués du 26 décembre 2022, refusé de leur délivrer les titres sollicités, leur a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
3. Les requêtes sont présentées par des conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
4. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme D E, chef du service de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés doit être écarté.
5. Les arrêtés attaqués, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés, sont suffisamment motivés. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation des requérants, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.
6. Si les requérants étaient présents en France depuis onze ans à la date des décisions attaquées, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette durée de présence est liée, d'une part à leurs demandes d'asile qui ont été rejetées, d'autre part, à leur maintien sur le territoire malgré plusieurs précédentes obligations de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet. En dehors de deux promesses d'embauche, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que Mme et M. F ont créé des liens intenses, anciens et stables sur le territoire français. En outre, s'ils se prévalent de la présence en France de leurs deux enfants majeurs, il ressort des pièces du dossier que l'un d'eux a fait l'objet le 26 décembre 2022 d'une mesure d'éloignement. Si leur second fils détient un récépissé de demande de titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité de leur rendre visite en Géorgie. Dans ces circonstances, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour et obligations de quitter le territoire français portent à leur droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été édictées et méconnaitraient de ce fait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte des mêmes circonstances que les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. L'erreur de fait concernant la présence irrégulière des deux enfants du couple mentionnée dans les arrêtés est sans incidence sur la légalité des arrêtés dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'eu égard aux circonstances exposées au point précédent, le préfet aurait pris les mêmes décisions en l'absence de cette circonstance.
8. En se bornant à soutenir qu'ils justifient par les pièces résider habituellement en France depuis dix ans à la date des décisions attaqués, les requérants ne démontrent pas en quoi les arrêtés méconnaitraient les dispositions des articles L. 435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
10. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire aux requérants, le préfet de l'Isère s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du 5° de l'article L. 612-3. Par ailleurs, il a relevé qu'il existait un risque que les requérants se soustraient aux mesures d'éloignement prises à leur encontre dès lors qu'ils ont fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement auxquelles ils n'ont pas déféré. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En se bornant à alléguer qu'ils seraient arrivés en France en 2011, qu'ils travaillent sur le territoire français et que leurs deux enfants vivent en France, les requérants ne démontrent pas qu'en prenant à leur encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet de l'Isère aurait entaché ses décisions de disproportion et d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte. Il en est de même de celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme et M. F sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes de Mme et M. F sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à M. B F, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Permingeat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. BailleulLa greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2,2300546
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026