Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300603
jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Besson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C B soutient que :
- les décisions sont signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'erreur de fait et d'erreur de droit ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu la circulaire du 30 octobre 2004 ;
- la loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité prévoit, dans son article 12, que " la conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France ;
- les décisions violent les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2023.
Par une ordonnance du 12 avril 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 13 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 25 avril 2023 le rapport de M. Vial-Pailler.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante camerounaise, née le 30 septembre 1978, déclare être entrée sur le territoire français en janvier 2020 sous couvert d'un visa Schengen. Elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par courrier reçu en préfecture le 27 avril 2022. Par l'arrêté attaqué du 5 janvier 2023, le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, qui bénéficie à cet effet d'une délégation de signature du préfet en date du 23 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". La loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité prévoit, à son article 12, que la conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France au sens des dispositions précitées.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme C B n'établit ni même n'allègue avoir d'autres attaches familiales ou personnelles en France que son compagnon, ressortissant français qu'elle déclare avoir rencontré en juin 2019, et avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité le 15 janvier 2021, soit moins de deux ans avant l'intervention de la décision attaquée. Si elle fait état de ce qu'une communauté de vie d'une année suffirait pour justifier de l'intensité des liens des deux signataires d'un pacte civil de solidarité, en se fondant sur la circulaire NOR INTD0400134C adressée aux préfets le 30 octobre 2004 par le ministre chargé de l'intérieur, qui a pour objet les " conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions de l'ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée ", cette circulaire, qui est dépourvue de caractère règlementaire et se borne à fixer des orientations générales, ne peut être utilement invoquée. Par ailleurs, si la requérante soutient que l'arrêté préfectoral est entaché d'erreur de fait dès lors qu'elle justifie d'une communauté de vie avec son concubin de nationalité française depuis au moins le mois de novembre 2020, soit depuis plus de deux ans à la date des décisions entreprises, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se serait rendue en juin 2019 en Suisse, alors que son visa avait déjà expiré et qu'elle y aurait rencontré M. A. En outre, si elle déclare l'avoir fréquenté entre juin 2019 et janvier 2020 en Suisse avant de venir en France, elle ne justifie pas d'une communauté de vie avec ce dernier soit en 2019, soit en 2020 alors qu'au surplus, ainsi que le fait valoir le préfet de la Savoie, M. A s'est déclaré seul au titre de sa déclaration d'impôts établie en 2021 pour l'année 2020, que la requérante avait précisé lors du dépôt de sa demande de titre de séjour qu'elle avait vécu sans domicile fixe sur le territoire français entre le mois de janvier 2020 et le mois de novembre 2020, qu'elle a produit lors de l'instruction de sa demande, une copie de sa carte d'admission à l'aide médicale de l'État valable du 21 janvier 2021 au 20 janvier 2022, établie par la CPAM de la Haute-Savoie alors qu'elle indiquait résider durant cette période en Savoie à Aix-les-Bains, puis au Bourget-du-Lac. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle justifierait d'une communauté de vie avec M. A avant la conclusion du pacte civil de solidarité, soit avant le mois de janvier 2021. Mme C B n'avait pas, à la date d'intervention de l'arrêté attaqué, d'activité professionnelle. Elle ne justifie pas par sa seule activité de bénévole à l'antenne de la Croix Rouge depuis le mois de mai 2022 d'une particulière intégration en France. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu pendant 41 ans, soit la majeure partie de sa vie. Dès lors, la seule circonstance qu'elle ait conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français près de deux ans avant l'intervention de la décision attaquée ne suffit pas, en l'absence de tout autre élément, à établir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté, de même que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision contestée. Il en est de même du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, la décision contestée, n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle au projet de mariage de Mme C B, qui au demeurant n'est pas établi par les pièces versées au dossier, ni de lui interdire de fonder une famille. Ainsi, la décision ne peut être regardée comme portant atteinte à son droit au mariage et à son droit de fonder une famille et, par suite, comme intervenue en violation des stipulations de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le président-rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLI Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300603