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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300661

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300661

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2023 Mme C B représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le préfet du département de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire délivré par les autorités algériennes contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du département de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis contre un permis français et à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision contestée est entachée :

- de défaut de motivation (L 211-2 et L 211-5 du CRPA) ;

- son titre de séjour, un certificat de résidence visiteur, n'étant qu'un droit précaire au séjour supposant des retours dans le pays d'origine, ne permettant pas l'exercice d'une activité professionnelle, contrairement au certificat de résidence salarié obtenu le 10 février 2022, seule date marquant sa résidence normale en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier notamment la décision du 16 février 2023 accordant l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 29 décembre 1956 et entrée en France le 18 janvier 2019, a obtenu le 27 janvier 2021 la délivrance d'un premier certificat de résidence algérien mention " visiteur " (référence 1201), valable jusqu'au 13 décembre 2021, renouvelé pour la période du 10 février 2022 au 9 février 2023 avec la mention " salarié ". Le 1er octobre 2022, Mme B a déposé une demande pour l'échange de son permis de conduire algérien délivré le 13 avril 2015, contre un permis de conduire français. Par décision du 5 décembre 2022, le préfet de Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande au motif que sa demande d'échange est tardive car présentée au delà du délai légal d'un an après l'acquisition de sa résidence en France

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision du 5 décembre 2022 indique que le refus d'échange de titre en litige est opposé sur le fondement de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé qui prévoient que tout titulaire de permis de conduire étranger doit obligatoirement demander l'échange de ce permis contre un permis français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. La décision attaquée mentionne en outre les dates de validité du titre de séjour retenu pour le calcul du délai obligatoire d'un an. Ainsi la décision défavorable est motivée en fait et en droit et le moyen tiré du défaut de motivation est écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'application erronée des textes applicables :

4. Selon l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, (). ". L'arrêté du ministre de l'intérieur du 12 janvier 2012, dispose à l'article 4 : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. II. - A. - Pour les ressortissants étrangers non ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du premier titre de séjour. () ".

5. Mme B fait valoir que son titre de séjour, valable du 14 décembre 2020 au 13 décembre 2021 est un certificat de résidence " visiteur " qui n'est qu'un droit précaire au séjour supposant des retours dans le pays d'origine. Et que ce titre de séjour précaire ne permettait pas l'exercice d'une activité professionnelle, contrairement au certificat de résidence " salarié " obtenu le 10 février 2022, seule date marquant sa résidence normale en France.

6. Selon l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, invoqué en défense : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigé par la législation française ; c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ".

7. Il résulte de ces stipulations que le certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur " n'est pas un titre de séjour précaire sans droit à travailler comme l'affirme la requérante qui d'ailleurs en a obtenu le renouvellement avec la mention " salarié " comme il a été dit au point 1. Par suite, le délai d'un an de résidence normale en France de Mme B avait expiré avant sa demande d'échange de permis de conduire présentée le 1er octobre 2022 et le préfet de Loire-Atlantique était tenu de lui refuser la délivrance d'un permis de conduire français.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 décembre 2022 refusant l'échange du permis de conduire algérien délivré le 13 avril 2015, contre un permis de conduire français, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

9. Les autres conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation de la décision attaquée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Huard et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée,

D. A

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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