mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 février 2023, M. A C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire ;
- elle viole les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* En ce qui concerne la décision n'accordant pas de délai de départ :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle viole les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* En ce qui concerne l'assignation à résidence, elle est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, magistrat désigné ;
- les observations de Me Huard, représentant M. C, qui soutient également que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet n'a pas pris en compte le projet de mariage, et en présence de Mme D, interprète.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, si M. C soutient que le préfet a pris la décision attaquée sans qu'il ait été mis en mesure de formuler des observations sur sa situation personnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu par les services de police le 1er février 2023, à 8h55, par l'intermédiaire d'un interprète, préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Il ressort aussi de son audition qu'il a été mis à même de présenter ses observations sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français ainsi que sur sa situation personnelle et professionnelle. Enfin, le requérant n'indique pas quels sont les éléments pertinents autres que ceux figurant sur le procès-verbal qu'il aurait pu invoquer et qui auraient été de nature à avoir une influence sur l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait prise en méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pas tenu compte de la relation qu'il entretient avec sa compagne ni de leur projet de mariage, le dernier considérant de la décision attaquée mentionne cependant que l'intéressé a déclaré vivre en concubinage, que toutefois la relation est récente et qu'il n'est pas établi qu'un dossier de mariage aurait été déposé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.
6. En troisième lieu, si M. C soutient qu'il a noué une relation avec une ressortissante française depuis novembre 2021 avec laquelle il a emménagé en mars 2022, cette relation est récente. Par ailleurs, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir établi en France le centre de ses intérêts matériels et moraux. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
7. En dernier lieu, la décision contestée, n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle au projet de mariage de M. C, qui au demeurant n'est pas établi par les pièces versées au dossier, ni de lui interdire de fonder une famille. Ainsi, la décision ne peut être regardée comme portant atteinte à son droit au mariage et à son droit de fonder une famille et, par suite, comme intervenue en violation des stipulations de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
8. Si M. C fait valoir que le refus de délai de départ le contraindrait " à rompre brutalement les liens sociaux et amicaux qu'il a sur le territoire français ", il résulte de ce qui a été dit au point 6 que, hormis la relation récente avec sa compagne, il n'établit pas avoir noué d'autres relations sociales ou amicales en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus du préfet de lui accorder un délai de départ serait disproportionné et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire n'étant pas démontrée, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
11. L'arrêté attaqué vise les dispositions précitées et énonce qu'un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de la mesure, après avoir relevé que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis un an et cinq mois. Elle mentionne également que l'intéressé s'est maintenu en toute illégalité sur le territoire national. La décision portant interdiction de retour est, en conséquence, suffisamment motivée.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en assortissant sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est ni entachée de disproportion ni davantage d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 portant assignation à résidence :
14. L'illégalité de l'arrêté du 1er février 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour n'étant pas démontrée, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté devrait être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le magistrat désigné,
M. BLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026