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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300665

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300665

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2023, M. E B, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint d'une ressortissante française, subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail et de lui notifier une nouvelle décision, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et en toute hypothèse une somme qui ne saurait être inférieure au montant d'aide juridictionnelle majoré de 50 %.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ;

- il s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit en ce que le refus du titre de séjour est assorti de manière automatique d'une obligation de quitter le territoire français ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 10 mai 1968, a déclaré être entré en France le 30 décembre 2017. Le 29 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 14 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire national dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté du 14 novembre 2022 a été signé par Mme A D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour n'est pas assorti des précisions suffisantes pour apprécier son bien-fondé. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère, avant de rejeter la demande de titre de M. B, a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale telle qu'elle avait été portée à sa connaissance. Si le requérant soutient que le préfet n'a pas pris en compte son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il avait présenté une demande de certificat de résidence sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 2 décembre 1968. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis cinq ans et qu'il est marié avec une ressortissante française depuis le 21 septembre 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France à la date de la décision attaquée est récente de même que sa relation avec sa conjointe. Par ailleurs, il n'est pas allégué que l'intéressé serait dans l'impossibilité de rejoindre son pays d'origine, l'Algérie, pour se voir délivrer un visa de long séjour, condition qui lui a été opposée par le préfet de l'Isère pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une Française. S'il se prévaut également de la présence en France de frères et sœurs, il n'est pas allégué qu'il serait privé de tous liens familiaux en Algérie où résident ses parents ainsi que certains de ses frères et sœurs. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation dont il dispose, de décider en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, de l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le préfet de l'Isère n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant une telle mesure.

8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait mépris sur l'étendue de sa compétence. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de refus de délivrance ou de renouvellement de tout titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire ". Et aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

10. Si le requérant soutient que le rejet d'une demande de titre de séjour ne doit pas être systématiquement assorti d'une obligation de quitter le territoire français, il résulte des dispositions précitées que le préfet de l'Isère pouvait sans commettre d'erreur de droit prendre à son encontre une décision d'éloignement après avoir rejeté sa demande de certificat de résidence. Ce moyen doit donc être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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