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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300667

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300667

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLABARTHE AZEBAZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2023 et le 16 avril 2023, M. A B, représenté par Me Labarthe Azébazé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un certificat de résidence d'un an, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- l'arrêté attaque n'est pas motivé ;

- il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et non sur celui du 2) du même article ;

- l'arrêté méconnaît son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1989, a déclaré être entré en France le 1er mai 2018. Le 7 novembre 2019, il a fait l'objet d'une décision du préfet de la Haute-Savoie portant obligation de quitter le territoire français, le tribunal administratif de Grenoble et la cour administrative d'appel de Lyon ayant rejeté son recours contre cette décision. Le 30 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 7 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Si M. B sollicite son admission à l'aide juridictionnelle provisoire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité l'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et non sur celui du 2) du même article, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Savoie s'est prononcé sur ces deux fondements. La circonstance qu'il se soit prononcé sur un fondement dont l'intéressé n'avait pas sollicité l'application est sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la demande sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B soutient être présent en France depuis mai 2018, soit une période de quatre ans et demi à la date de la décision attaquée. Il se prévaut de son union avec une ressortissante française le 22 juin 2019 et de leur vie commune, ainsi que de la présence en France de sa sœur, qui est de nationalité française, et de son frère, qui dispose d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 3 juin 2032. Toutefois, il ne se prévaut, hormis ces liens familiaux, d'aucun lien personnel sur le territoire français, alors qu'il est constant qu'il est arrivé en France à l'âge de 29 ans, de sorte qu'il s'est nécessairement créé des attaches personnelles en Algérie. En outre, rien ne s'oppose à ce qu'il se rende dans son pays d'origine le temps de l'examen d'une demande de visa, lui permettant de rejoindre en situation régulière son épouse de nationalité française. La seule circonstance que cette dernière présente des douleurs au coude, établie par un certificat du 24 juin 2019, ne permet pas de considérer qu'elle ne pourrait être autonome dans sa vie quotidienne le temps de l'examen de la demande de visa du requérant. S'il produit plusieurs fiches de paie pour des emplois en qualité de maçon et d'agent de service, cet élément ne permet pas de démontrer une insertion professionnelle dans la société française d'une intensité particulière. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie aurait méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

8. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment.

9. En l'espèce, M. B a eu la possibilité de faire valoir, durant la période d'instruction de sa demande de délivrance d'un certificat de résidence, les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. Ainsi, en obligeant le requérant à quitter le territoire français sans l'avoir préalablement et expressément invité à formuler de nouvelles observations, le préfet de l'Isère ne l'a pas privé de son droit d'être entendu.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction qui y sont relatives.

Sur les conclusions aux fins d'effacement du système d'information Schengen :

11. Dès lors que M. B n'a pas fait l'objet d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il n'a pas fait l'objet d'un signalement au sein du système d'information Schengen. Par suite, les conclusions du requérant aux fins d'effacement de ce système sont dépourvues d'objet.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Labarthe Azébazé et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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