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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300690

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300690

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-MRO 093 du 2 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sous astreinte journalière de 200 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France où elle a toutes ses attaches familiales, a été méconnu ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision désignant le pays de destination, elle-même entachée de l'illégalité des précédentes décisions et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 14 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 4 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A B épouse C.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- Mme Letellier a lu son rapport ;

- Me Marcel a présenté des observations pour Mme C.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C est une ressortissante albanaise âgée de 71 ans. Elle déclare être entrée en France le 4 février 2017. Le 6 avril 2018, l'intéressée a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée. Le 16 juillet 2021, elle a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 2 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, Mme C en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La décision attaquée mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme C et les considérations de droit sur lesquels elle repose. Ainsi, elle satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / ".

4. Mme C soutient qu'elle réside en France depuis 2017 auprès de ses enfants, en situation régulière, et de ses petits-enfants et qu'elle n'a plus aucune attache en Albanie. Toutefois, Mme C a vécu l'essentiel de sa vie en Albanie où elle conserve nécessairement des attaches, notamment sa fille née le 23 décembre 1971 qui réside irrégulièrement en France et qui a vocation à rejoindre l'Albanie, par application de la mesure d'éloignement prononcée contre elle le 25 mai 2022 dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans, le 25 novembre 2022 et son fils né le 6 janvier 1977, également en situation irrégulière en France ayant fait l'objet, en dernier lieu, d'une mesure d'éloignement sans délai le 12 avril 2022 dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 20 avril 2022. En dehors de sa cellule familiale, Mme C ne se prévaut d'aucune intégration en France. Enfin, Mme C a elle-même fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 6 avril 2018 prononcée par le préfet du Rhône, qu'elle n'a pas exécutée, ce qui n'est pas le gage d'une insertion dans la société française, qui repose sur le respect des lois et des décisions administratives. Enfin, rien ne fait obstacle à ce que ses deux autres enfants et petits-enfants, qui résident régulièrement en France, puissent la visiter en Albanie. Dès lors, le préfet de l'Isère pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prendre la décision de refus de séjour contestée, laquelle n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations doit être écarté et, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

6. Pour les motifs déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, les moyens selon lesquels la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de destination :

7. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté. Pour les motifs qui ont été énoncés au point 4, la décision désignant le pays de destination n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme C tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 8 juin 2023

La rapporteure,

C. LETELLIER

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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