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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300755

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300755

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2023, Mme D A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

le refus de titre de séjour

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation ;

- méconnaît les articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Huard pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née en 2002, est entrée en France le 7 septembre 2020. Elle a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " du 8 septembre 2021 au 7 septembre 2022. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans les trente jours.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme A qui le fondent. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont Mme A entend se prévaloir. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de la requérante.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ". En outre, l'article 14 de la même convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne susvisée que les articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant. En tout état de cause, si la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi. Or, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été ajournée en première année de licence " droit parcours droit " pour l'année universitaire 2020-2021, Mme A s'est réorientée en s'inscrivant l'année suivante en première année de bachelor " management commercial " et a subi un nouvel échec. Elle a de nouveau changé d'orientation en s'inscrivant pour l'année 2022-2023 en première année de certificat d'aptitude professionnelle " cuisine ". Ainsi, alors qu'elle est entrée en France près de deux et demi avant l'édiction de la décision contestée et malgré deux réorientations, la requérante n'a validé aucun diplôme. Si, pour expliquer ses échecs, elle allègue avoir subi une pression familiale l'ayant contrainte à suivre contre sa volonté une première année de licence " droit parcours droit ", ne pas avoir trouvé d'employeur pour un contrat d'alternance dans le cadre de sa formation de management commercial en raison de la crise économique et du Covid-19 et avoir souffert d'une dépression lors de son année scolaire 2021-2022, elle ne l'établit pas. Si elle fait également valoir qu'elle souffre d'asthme, la seule production d'un certificat médical du 11 janvier 2023, au demeurant postérieur à l'arrêté attaqué et de l'attestation de M. B, ne sont pas suffisamment circonstanciés pour établir un lien entre ses ennuis de santé et ses résultats scolaires. Par suite, Mme A ne peut être regardée comme justifiant du caractère effectif et sérieux de ses études et n'est ainsi pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation sur ce point.

7. En deuxième lieu, si Mme A est entrée en France en septembre 2020, la durée de son séjour en France est liée à ses études et ne peut être prise en compte. Elle est célibataire et sans charge familiale. Elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit des attestations produites, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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