lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP DIDIER, PINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 et le 26 février 2023, le GAEC Catyval, représenté par la SELARL Life Avocats, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions du 9 décembre 2022 et du 4 janvier 2023 par lesquelles la directrice certification de Certipaq lui a infligé la sanction de suspension de son habilitation pour l'appellation d'origine contrôlée (AOP) Reblochon, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;
2°) de mettre à la charge de Certipaq une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le GAEC Catyval soutient que :
- l'urgence est établie car le déclassement de son lait vers la zone IGP devrait entraîner une perte de recette de 85 000 euros par an, soit depuis le 9 décembre 2022, un préjudice immédiat de 14 666 euros qui menace sa pérennité ;
- les décisions attaquées sont fondées sur des dispositions illégales du plan de contrôle qui qualifient de manquement majeur puis grave le non-respect réitéré de l'intervalle de 8 heures entre deux traites et de manquement majeur, dès le premier constat, le non-respect de l'obligation de traite biquotidienne ;
- le plan de contrôle est fondé sur un cahier des charges incohérent et mal interprété par Certipaq en ce que les conditions de traite ne constituent pas des caractéristiques fondamentales du Reblochon ;
- les décisions sont entachées d'erreur de qualification juridique des faits en ce que le non-respect de l'intervalle minimum de 8 heures entre les traites n'a pas d'impact sur les caractéristiques du Reblochon et ne peut donc être qualifié de manquement majeur ou grave ;
- l'article 5.5. du cahier des charge porte atteinte au principe constitutionnel d'égalité de traitement en favorisant la traite manuelle et en excluant les robots de traite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, l'Institut national de l'origine et de la qualité, représenté par la SCP Didier et Pinet, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- sa directive, appliquée par le plan de contrôle, prévoit de sanctionner le comportement de l'opérateur qui refuse, de façon réitérée, de se conformer au cahier des charges tout en revendiquant le bénéfice de l'appellation ;
- les manquements constatés portent atteinte aux caractéristiques fondamentales de l'appellation Reblochon ;
- il n'y a pas de rupture d'égalité dès lors que les obligations du cahier des charges s'appliquent à tous les opérateurs.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 et le 27 février 2023, l'association Certipaq, représentée par la société Avoxa Rennes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du GAEC Catyval la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence n'est pas établie dès lors que la pérennité économique du GAEC n'est pas menacée ; que les documents comptables produits sont des prévisionnels hypothétiques, que le GAEC ne produit pas de factures postérieures à la décision attaquée et qu'il demeure très profitable de vendre le lait en IGP ;
- la nouvelle directive INAO et le plan de contrôle modifié, prévoient des sanctions en cas de récurrence des manquements ;
- le respect des intervalles de traite, par troupeau entier et non par vache, est essentiel pour maintenir un véritable pâturage ;
- l'illégalité d'un cahier des charges ne peut pas être directement soulevée par la voie de l'exception dans le contentieux des sanctions prises par les organismes certificateurs.
Par des mémoires en intervention, enregistrés le 24 et le 27 février 2023, le syndicat interprofessionnel du Reblochon (SIR), représenté par la société Alinéa avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mise à la charge du GAEC Catyval la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son intervention est recevable ;
- l'urgence n'est pas caractérisée car le GAEC ne démontre pas une perte de revenus en ne produisant pas les documents relatif au prix auquel il vend son lait après suspension de son agrément ; que les simulations versées présentent un caractère hypothétique voire trompeur alors que le GAEC est autorisé à fournir plusieurs IGP fromagères dont certaines plus rémunératrices que la tomme de Savoie retenue dans l'analyse ;
- aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire s'associe aux écritures de l'INAO et conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 14 décembre 2021 n° 20LY00420 ;
- la requête enregistrée le 2 février 2023 sous le n°2300718 par laquelle le GAEC Catyval demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la directive de l'INAO DIR-CAC-1 du 4 juillet 2013 relative à la mise en œuvre des contrôles et traitement des manquements ;
- le décret n° 2012-643 du 3 mai 2012 relatif à l'appellation d'origine contrôlée " Reblochon " ou " Reblochon de Savoie " ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de la consommation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Roche et Me Chaurand, représentants le GAEC Catyval ;
- les observations de Me Costard, représentant la CERTIPAQ ;
- les observations de Me Morrier, représentant le syndicat interprofessionnel du Reblochon.
Considérant ce qui suit :
1. Lors de trois contrôles réalisés les 17 octobre 2019, 29 septembre 2021 et 20 octobre 2022, l'organisme certificateur de l'AOP Reblochon, Certipaq, a constaté que le GAEC Catyval, spécialisé dans l'élevage de vaches laitières, ne respectait pas le cahier des charges de cette AOP quant aux conditions de traite. A l'issue du troisième contrôle, le dépassement de la plage maximale de quatre heures de traite du troupeau, constaté pour la troisième fois, a été qualifié de grave et justifiant un renforcement des contrôles. Le non-respect de l'intervalle minimal de huit heures entre chaque traite du troupeau, constaté pour la troisième fois, a été qualifié de grave et fonde la sanction en litige. Par courrier du 3 novembre 2022, le GAEC a formulé des observations et par décision du 9 décembre 2022, Certipaq a prononcé la sanction de suspension d'habilitation jusqu'à un retour à la conformité. Le GAEC a formé le 23 décembre 2022 un recours rejeté par une décision du 4 janvier 2023. Le GAEC Catyval demande de suspendre l'exécution de ces décisions.
Sur l'intervention en défense :
2. Le syndicat interprofessionnel du Reblochon, organisme de défense et de gestion de l'appellation, a un intérêt non contesté au maintien de la décision attaquée. Son intervention est recevable.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions attaquées, le GAEC Catyval fait valoir que le déclassement du lait vers la zone IGP menace la pérennité de la structure et devrait entraîner une perte de recette de 85 000 euros par an, soit depuis le 9 décembre 2022, un préjudice immédiat de 14 666 euros. Enfin, dans la mesure où plusieurs exploitations ont vu leur habilitation à l'AOP reblochon suspendue, il est possible qu'ils se réorientent vers de la tomme et que le lait de son exploitation soit refusé par les laiteries et fromagers.
6. Toutefois, alors même que cela lui est opposé en défense, le GAEC ne justifie pas du caractère actuel de la perte, ni même suffisamment de son éventuelle ampleur future. Les prévisionnels évaluant l'impact économique possible du déclassement de son lait sont moins probants que des factures qui établiraient une perte actuelle réelle depuis la suspension, pièces que le GAEC indique ne pouvoir fournir. En outre, la perte potentielle liée au plus faible prix du lait est évaluée, ainsi que le mentionne l'étude de faisabilité, sans intégration des contraintes plus faibles de production du lait destiné aux IGP tomme, emmental et raclette auxquels le GAEC Catyval est déjà habilité à fournir sa production laitière. Enfin, les effets de long terme de la réorganisation et du passage de l'AOP en IGP sont hypothétiques. Surtout, le GAEC se place lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque dès lors que la levée de la sanction n'est conditionnée qu'à un paramétrage de ses robots de traite permettant de respecter le cahier des charges de l'AOP Reblochon. Dans ces conditions, la décision attaquée ne préjudicie pas de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant et la condition de l'urgence ne saurait être caractérisée.
7. Au surplus, en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions litigieuses.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension des décisions du 9 décembre 2022 et du 4 janvier 2023 par lesquelles Certipaq a décidé de lui infliger la sanction de suspension de son habilitation doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
1. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de de Certipaq, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par le GAEC Catyval et non compris dans les dépens.
2. Le SIR, qui n'a pas la qualité de partie mais d'intervenant, ne peut prétendre au bénéfice de ces dispositions.
3. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du GAEC Catyval la somme de 1 000 euros à verser à Certipaq sur le fondement de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention du syndicat interprofessionnel du Reblochon est admise.
Article 2 : La requête du GAEC Catyval est rejetée.
Article 3 : Le GAEC Catyval versera à la CERTIPAQ, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au GAEC Catyval, à Certipaq, à l'Institut national de l'origine et de la qualité, au syndicat interprofessionnel du Reblochon et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Fait à Grenoble, le 6 mars 2023.
La juge des référés,La greffière,
A. AJ. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026