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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300910

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300910

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023, M. A, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités espagnoles ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- ne justifie pas d'une décision explicite des autorités espagnoles ;

- est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il ne fait pas application des clauses discrétionnaires ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme B a présenté son rapport et entendu les observations de Me Miran, assistant M. A.

Ce dernier explique qu'il fréquentait Mme D A en Guinée, qu'elle s'est trouvée enceinte et a été mariée contre son gré. Ils ont néanmoins continué à se fréquenter et Mme A s'est de nouveau trouvée enceinte de lui. M. A indique qu'en Guinée la relation hors mariage est punie de cent coups de bâton et l'adultère de la lapidation. Il aurait alors fait le choix d'utiliser ses économies pour permettre à sa compagne de quitter la Guinée alors qu'elle était enceinte de sept mois. Il a lui-même dû travailler pendant deux ans en Algérie pour payer son passage. Mme A a vainement demandé l'asile en France en 2019 et lui-même a vainement demandé l'asile à son arrivé en Espagne, à Séville, en juin 2021. Il fait valoir que le couple compte introduire une demande de réexamen en France.

1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

2. M. A, ressortissant guinéen, né en 1989, qui déclare être entré en France le 17 septembre 2022, a sollicité l'asile le 12 octobre 2022. La consultation du fichier Eurodac a montré qu'il avait demandé l'asile en Espagne le 16 août 2021. Les autorités espagnoles ont accepté explicitement sa réadmission le 21 novembre 2022. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités espagnoles en faisant valoir qu'il réside en France avec sa compagne et leurs deux enfants nés en 2019 et en 2022 et qu'en cas de transfert en Espagne, il sera éloigné vers la Guinée en application d'une obligation de quitter le territoire espagnol du 12 septembre 2022.

3. D'une part aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () d) reprendre en charge () le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre (). Dans les cas relevant du champ d'application du paragraphe 1, point d), lorsque la demande a été rejetée en première instance uniquement, l'État membre responsable veille à ce que la personne concernée ait la possibilité ou ait eu la possibilité de disposer d'un recours effectif en vertu de l'article 46 de la directive 2013/32/UE ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable () peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels ".

5. En premier lieu, l'arrêté du 9 février 2023 énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, l'arrêté attaqué mentionne que M. A a déposé une demande d'asile le 16 août 2021 auprès des autorités espagnoles, qui ont accepté de le reprendre en charge en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces énonciations mettent le requérant à même de comprendre les motifs de la décision attaquée afin qu'il puisse les contester utilement.

6. En deuxième lieu, le requérant a été contraint de quitter l'Espagne sous quinze jours par décision du 12 septembre 2022 et sa compagne a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 11 mars 2021 de sorte qu'elle a également vocation à retourner en Guinée. Au jour de la décision en litige, il n'est fait état d'aucune demande de réexamen que ce soit en Espagne ou en France. Dans ces circonstances, l'arrêté attaqué n'emporte aucune séparation familiale et le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants au sens des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En troisième et dernier lieu, M. A, dont la demande a été rejetée en Espagne, n'a pas vocation à voir celle-ci examinée ou réexaminée par la France. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit, aucune demande de réexamen n'est pendante. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en ne faisant pas usage de la faculté dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, le préfet du Rhône aurait entaché sa décision de transfert d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La magistrate désignée,

A. BLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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