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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300969

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300969

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 février 2023 et le 24 avril 2023, Mme A D, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2022-AF 118 du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur et d'un défaut de motivation ;

- son droit à être entendue a été méconnu ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen pour ne pas avoir pris en compte les craintes qui sont les siennes en cas de retour en Arménie ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa situation aurait dû être régularisée.

Par un mémoire enregistré le 18 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- Mme Letellier a lu son rapport ;

- Me Schürmann a présenté des observations pour Mme D.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D est une ressortissante arménienne, âgée de 37 ans. Elle déclare être entrée en France le 6 juin 2019. Elle s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", valable du 5 mars 2021 au 4 mars 2022. Le 24 février 2022, elle a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 1er décembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, Mme D en demande l'annulation.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, cheffe du service immigration et de l'intérieur à la direction de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il répond ainsi à l'exigence de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La requérante soutient que l'arrêté attaqué aurait dû mentionner l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions relatives au placement en rétention d'un étranger sont inapplicables à l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué intervient après que l'intéressée a déposé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux au titre de laquelle elle a pu exposer l'ensemble de sa situation. Même si Mme D n'a pas été invitée à présenter des observations sur une éventuelle mesure d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre dans l'hypothèse où sa demande de renouvellement de titre de séjour serait refusée, elle a pu exposer les motifs pouvant faire obstacle à son éloignement, notamment du fait de craintes en cas de retour en Arménie. En tout état de cause, elle n'établit pas qu'elle aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation et de nature à modifier l'appréciation du préfet de l'Isère. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée du droit d'être entendue résultant du principe général du droit de l'Union européenne.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrivée de Mme D en France est récente. Si elle a séjourné de manière régulière, du 5 mars 2021 au 4 mars 2022, c'est uniquement à la faveur d'un titre de séjour temporaire obtenu par son époux en sa qualité d'étranger malade pour la même période, et qui n'a pas été renouvelé. En dehors de son époux, un compatriote qui a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 1er décembre 2022 et de leurs enfants mineurs, Mme D ne justifie d'aucune attache familiale ou amicale en France. Elle ne se prévaut d'aucune insertion dans la société française. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie. La circonstance qu'un enfant du couple soit décédé à la naissance, le 3 janvier 2021, et qu'il soit inhumé en France, pour triste qu'elle soit, n'est pas de nature à lui donner vocation à demeurer sur le territoire français. Dans ces conditions et eu égard aux conditions de séjour de la requérante en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Mme D soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation du fait de réelles craintes en cas de retour en Arménie. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale de droit d'asile le 16 février 2021, l'intéressée ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à son éloignement vers l'Arménie à raison de risques pesant sur sa vie. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation ne peut être qu'écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme D tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 8 juin 2023

La rapporteure,

C. LETELLIER

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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