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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300971

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300971

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023, M. R D, M. F P, Mme G E et M. H I, M. et Mme B et O J, Mme Q M, Mme C L et M. N K, représentés par Me Olivier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 074 010 22 00078 du 24 août 2022 par lequel le maire d'Annecy a accordé un permis de construire valant démolition à la SCCV L'Étincelant pour la construction d'un bâtiment portant sur 62 logements, dont 19 logements sociaux, 41 route de Pringy sur le territoire communal, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Annecy une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- le dossier de permis de construire est incomplet ;

- le projet de construction méconnait les dispositions des articles 3 et 3.1 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme instituant une règle de recul de 3 m non constructible par rapport au domaine public ;

- le projet de construction méconnait les dispositions de l'article 3.2 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme instituant une distance minimale de 4 m par rapport à la limite séparative ;

- le projet de construction méconnait les dispositions de l'article 3.3 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme instituant une distance minimale par rapport à la limite de fond de terrain, au moins égale à la moitié de la hauteur de la construction, avec un minimum de 7 m ;

- le projet de construction méconnait les dispositions de l'article 4.1.1 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme quant à l'aspect et à la volumétrie de la construction ;

- le projet de construction méconnait les dispositions de l'article 4.2 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme sur les plantations ;

- le projet de construction méconnait les dispositions de l'article 5.3 de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme quant aux bornes de rechargement des véhicules.

Par un mémoire enregistré le 27 avril 2023, la commune d'Annecy, représentée par la société d'avocats CDMF-Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de faire application, le cas échéant, des dispositions de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de mettre la somme de 3000 euros à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Annecy soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- subsidiairement, les moyens de la requête sont infondés.

Par un mémoire enregistré le 24 août 2023, la SCCV L'Étincelant, représentée par la société d'avocats Ballaloud et associés, conclut au rejet de la requête et demande de mettre la somme de 4000 euros à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La pétitionnaire fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;

- subsidiairement, les moyens de la requête sont infondés.

Par une lettre du 7 juin 2023, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 3 juillet 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 17 octobre 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Olivier pour les requérants,

- les observations de Me Poncin, pour la commune d'Annecy et de Me Planchet, pour la pétitionnaire.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 août 2022, la commune d'Annecy a accordé à la SCCV L'Étincelant un permis de construire valant démolition pour un bâtiment comprenant 62 logements, pour une surface de plancher de 4 621,5 m², sur les parcelles cadastrées à la section AB numéros 4, 5, 6 et 10, situées 41 route de Pringy sur le territoire communal et classées en zone UB du plan local d'urbanisme communal. Le 19 octobre 2022, M. D et autres qui résident dans la copropriété voisine Le Skyview, située 47 route de Pringy, ont présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la complétude du dossier de permis de construire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architecturale comprend une notice précisant : " 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi le traitement des accès et du terrain () ".

3. Contrairement aux allégations des requérants, le projet de permis de construire comporte, dans la notice, des éléments sur le terrain existant, notamment sur sa situation qui se caractérise par l'existence de deux maisons et d'un atelier devant être démolis et sur la présence à l'Ouest du terrain d'une frange végétale assez dense et au Sud, le pied de talus de la voie de chemin de fer. Ces éléments écrits sont complétés par des documents graphiques PC2a et photographiques (PC6a Insertion 1, PC6b Insertion 2, PC6c Insertion 3 et PC6d Insertion 4) permettant d'apprécier l'état initial du terrain et ses abords et de rendre compte de l'insertion du projet de construction dans son environnement. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; c) Un document photographique faisant apparaître le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée et leur insertion dans les lieux environnants. ".

5. Il ressort des éléments du permis de construire valant démolition qu'il comprend le plan de situation PC1, le plan de masse de l'existant PC2a, ainsi qu'une photographie des bâtiments à démolir (photo 1 de PC7/PC 8) et les documents A1/A/2 " Démolitions ". Ces pièces répondent aux prescriptions des dispositions de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles 3 et 3-1 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

6. Aux termes de l'article 3 de la zone UB du règlement écrit : " () Implantation des constructions : () Définition de la bande de constructibilité principale : La bande de constructibilité principale est établie le long des emprises publiques et voies, telles qu'elles sont définies à l'article 3-1. () 3-1 Implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : Les dispositions du présent article s'appliquent aux constructions implantées le long : - des voies publiques () ouvertes à la circulation générales (). Dans la zone UB, la bande de constructibilité a une largeur de 25 mètres, comptée à partir : - du recul obligatoire de 3 mètres depuis la limite avec le domaine public (). Les règles d'implantation du présent article s'appliquent au corps principal du bâtiment. () ".

7. Les auteurs du plan local d'urbanisme ont institué un recul obligatoire de 3 m entre la limite avec la voie publique et la bande de constructibilité qui s'étend sur 25 m. A ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'interdiction de construction dans la bande des 3 m depuis la voie publique ne s'appliquent qu'au corps principal du bâtiment. Les aires de stationnement extérieures, constituées de " pavés enherbés " selon la notice descriptive, ne sont pas des constructions au sens de ces dispositions. Elles peuvent donc être implantés entre la limite de la voie publique et le début de la bande de constructibilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 3 et 3-1 de la zone UB doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 3-2 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

8. Aux termes de l'article 3-2 de la zone UB du règlement écrit : " Implantation des constructions par rapport aux limites latérales dans la bande de constructibilité principale () Les constructions au-dessus du sol : () Dans la bande de constructibilité principale, le retrait par rapport aux limites séparatives doit être au moins égal au tiers de la hauteur de la construction : D=1/3H, avec un minimum de 4 m (D étant la distance comptée horizontalement en tout de point de la construction, au point le plus proche de la limite séparative, et H étant la hauteur de la construction mesurée en tout point). ".

9. La règle fixée par les dispositions précitées est une règle de prospect glissante à apprécier en tout point de la construction. Les requérants ne peuvent dès lors pas soutenir que le bâtiment aurait dû se situer à une distance minimale de 6,7 m de la limite latérale dès lors que la mesure de la hauteur du bâtiment doit être faite en tout point, et notamment en tenant compte de l'attique, qui se situe lui-même en retrait du bâtiment principal. Dans ces conditions, la construction qui se situe à 4,04 m de la limite latérale Nord respecte les dispositions précitées de l'article 3-2 du règlement écrit du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 3-3 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la photographie aérienne du secteur qu'ils ont eux-mêmes produit, corroborée par une photographie aérienne versée par la pétitionnaire et le plan de situation PC1, que la façade Ouest du bâtiment se situe, non en fond de terrain, mais en limite d'une voie publique, en l'espèce la voie de desserte de la route départementale 1201. Par suite, l'invocation des dispositions de l'article 3-3 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme doit être écartée comme inopérante. En tout état de cause, les requérants reconnaissent que la distance entre la construction et la limite séparative est de 3,11 m, ce qui est conforme à la règle des 3 m instituées par les dispositions combinées des articles 3 et 3-1 mentionnés précédemment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3-3 de la zone UB ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 4-1.1 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

11. Aux termes de l'article 4-1.1 " Aspect et volumétrie des constructions " de la zone UB du règlement écrit : " Les constructions, par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage urbain dans lequel elles sont situées. La conception, la volumétrie et l'aspect extérieur des constructions doivent être travaillés pour concourir à la confortation d'un front urbain harmonieux en tenant compte des caractéristiques des constructions avoisinantes. () La conception des projets doit éviter des linéaires de façade trop importants créant des obstacles visuels dans le paysage urbain. Ce linéaire doit être en rapport avec le tissu urbain environnant. / Les hauteurs sous plafond des logements seront maximisées, en association avec un travail sur l'épaisseur des façades et des balcons, pour permettre une entrée de lumière maximale en hiver et une protection solaire naturelle en été. () Les matériaux réfléchissants, les matières plastiques, les verres de parement devant des maçonneries, sont interdits. () ".

12. En premier lieu, il ressort des photographies versées au dossier par les parties et des autres pièces du dossier du permis de construire que le projet de construction est constitué d'un bâtiment unique, en R+5+A, qui n'a pas une forme linéaire mais se présente sous la forme d'un V très ouvert. Il ressort de la notice descriptive que le bâtiment se présentera en trois dimensions, à base de creux et de pleine ; il sera constitué de loggias revêtues de bardage de bois, entrecoupées de brise-soleils à lames orientales. En outre, ce projet de construction s'inscrit dans un secteur où de nombreux bâtiments aux dimensions ou volumes similaires, dont celui des requérants, existent. Ainsi, le projet de construction, par sa conception qui n'est pas linéaire, par ses caractéristiques et par l'environnement dans lequel il s'inscrit, ne méconnait pas les dispositions précitées.

13. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, les caractéristiques du bâtiment et notamment les loggias en bardage de bois et les brise-soleils à lames orientales installés en façade, ajoutées à la présence de larges baies, ont pour objet de permettre tant un ensoleillement des logements en hiver qu'une protection contre la chaleur en été. Ces éléments sont suffisants pour retenir que le projet de construction respecte les dispositions précitées de l'article 4-1.1 de la zone UB, tandis que la hauteur sous plafond des logements n'est pas réglementée en tant que telle par le plan local d'urbanisme.

14. En dernier lieu, contrairement aux allégations des requérants, les dispositions du plan local d'urbanisme n'interdisent pas que les menuiseries extérieures soient en PVC, mais seulement que des matières plastiques soient placées devant les maçonneries. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4-1.1 du règlement écrit de la zone UB du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 4-2 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

15. Aux termes de l'article 4-2 de la zone UB du règlement écrit : " () Les plantations : Les plantations existantes doivent être maintenues dans la mesure des besoins de l'aménagement à effectuer et de la qualité du végétal. / Sinon, elles doivent être remplacées par de nouvelles plantations. () ".

16. Les présentes dispositions de l'article 4-2 n'imposent aucun " audit des plantations existantes ". Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement invoquer qu'un tel recensement n'aurait pas été réalisé par la pétitionnaire pour être joint dans le dossier de permis de construire. En tout état de cause, les requérants ne contestent pas que les trois arbres qui se situaient sur le terrain d'assiette du projet seront remplacés par 13 arbres de haute tige, 50 arbustes en pose libre et 145 arbustes pour la création de haies multi strates. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 5-3 de la zone UB du règlement écrit du plan local d'urbanisme :

17. Aux termes de l'article 5-2 de la zone UB du règlement écrit : " () Les parkings devront être équipés de bornes électriques pour le rechargement des véhicules () ".

18. Contrairement aux allégations des requérants, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse PC2b que le projet de construction comporte deux bornes de recharge électrique sur les deux places de parking extérieures identifiées en autopartage. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre le permis de construire et contre la décision implicite de rejet du recours gracieux, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense. Il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence les conclusions des requérants tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais de justice :

20. Il y a lieu de mettre à la charge de requérants, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à la commune d'Annecy et la somme de 1 000 euros à verser à la SCCV L'Étincelant, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de M. D et autres est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront la somme de 1 000 euros à la commune d'Annecy en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les requérants verseront la somme de 1 000 euros à la SCCV L'Étincelant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. R D, au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune d'Annecy et à la société L'Étincelant.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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