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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300998

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300998

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 10
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. F C , représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il a fui la Grèce en raison de défaillances systémiques dans ce pays dans la garantie des droits des réfugiés ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas pu se rendre à la Cour nationale du droit d'asile et exposer ses craintes en cas de retour ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête de M. C.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II°) Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. E C , représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- il a fui la Grèce en raison de défaillances systémiques dans ce pays dans la garantie des droits des réfugiés ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas pu se rendre à la Cour nationale du droit d'asile et exposer ses craintes en cas de retour ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête de M. C.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

III°) Par une requête enregistrée le 17 février 2023, Mme D B , représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle a fui la Grèce en raison de défaillances systémiques dans ce pays dans la garantie des droits des réfugiés ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas pu se rendre à la Cour nationale du droit d'asile et exposer ses craintes en cas de retour ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête de Mme B.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits fondamentaux et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, son épouse Mme D B et leur fils M. E C ressortissants afghans, déclarent être entrés en France le 20 août 2022 pour y demander l'asile. Par des décisions du 21 décembre 2022, l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides a déclaré leurs demandes irrecevables au motif qu'ils s'étaient vus octroyer le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce. Par des arrêtés du 19 janvier 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la préfète de la Drôme les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes susvisées concernent une famille de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. F C, de Mme D B et de M. E C, il y a lieu de prononcer leur admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. D'une part, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par la préfète par arrêté publié le 27 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés doit être écarté.

5. D'autre part, les arrêtés mentionnent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils sont par suite suffisamment motivés. Il ne ressort ni de ces décisions ni d'aucune autre pièce des dossiers que la préfète de la Drôme ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation des requérants avant de prendre les décisions attaquées ou se serait crue en situation de compétence liée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°; () ".

7. Aux termes de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugié et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-2 ; (). Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.".

8. Il ressort des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté d'une part que les requérants bénéficient d'une protection au titre de l'asile en Grèce et d'autre part que leurs demandes d'asile ont fait l'objet de décisions d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 décembre 2022, décisions régulièrement notifiées le 3 janvier 2023. Par suite, leur droit au maintien a pris fin le 21 décembre 2022, nonobstant la circonstance qu'ils auraient saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours, et la préfète de la Drôme a pu les obliger à quitter le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 2 de la même convention : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. [] ".

10. Les requérants font valoir que la protection internationale obtenue en Grèce n'est pas effective car ils ont subi de nombreuses persécutions dans ce pays où ils ne bénéficiaient pas d'une couverture sociale et où ils ne pouvaient travailler. Toutefois, comme l'a d'ailleurs relevé l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ils n'apportent pas à l'appui de leurs allégations d'éléments justifiant qu'ils pourraient être personnellement exposés à des traitements inhumains et dégradants en Grèce. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les requêtes susvisées doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. F C, Mme D B et M. E C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes susvisées sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Mme D B, à M. E C , à Me Schürmann et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le président

J.P. A

Le greffier

Ph. MULLER

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2300999 - 2301001

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