mercredi 8 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301024 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2023, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. I F, et de Mme E G du lieu d'hébergement qu'ils occupent indûment HUDA Adoma La Verpillère, 44 rue d'Artois, B.P 34 à Saint-Quentin-Fallavier (38291) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des intéressés ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. F, Mme G et de leurs enfants à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;
- la requête est recevable ;
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. F et Mme G ont été définitivement déboutés de leurs demandes d'asile et qu'ils occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, M. F et Mme G concluent :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de six mois leur soit accordé pour quitter les lieux ;
- en tout état de cause, à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de leur désigner un hébergement avant leur expulsion.
Ils soutiennent que :
- la demande du préfet est dépourvue d'urgence et d'utilité ;
- ils peuvent encore bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;
- le préfet ne justifie pas de la consultation du directeur du lieu d'hébergement ;
- la mesure porte une atteinte disproportionnée à leur droit au logement tel que reconnu par la Cour européenne des droits de l'homme puisqu'ils risquent de se retrouver à la rue avec leurs trois enfants mineurs ;
- ils devront être relogés avant leur expulsion.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de M. H, représentant le préfet de l'Isère ;
- et les observations de Me Miran, substituant Me Huard, avocate de M. F et de Mme G.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, de nationalité sénégalaise, et Mme G, de nationalité gambienne, et leurs enfants mineurs ayant la double nationalité, ont été admis le 28 mai 2019 dans un logement géré par l'association Adoma à Saint-Quentin-Fallavier. M. F et Mme G ont par la suite donné naissance à Ismaël né en 2020 et C, née en 2022. Leurs demandes d'asile ayant été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 23 mai 2022 pour M. F et ses enfants D et C, et le 16 octobre 2022 pour Mme G et la demande de réexamen présentée pour C ayant été déclarée irrecevable le 18 octobre 2022, la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration leur a adressé, le 9 juin 2022, une notification de sortie de leur lieu d'hébergement. M. F et Mme G s'y sont toutefois maintenus en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux prononcée à leur encontre le 29 juillet 2022 par le préfet de l'Isère. Ils ont fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 1er décembre 2022 dont la légalité a été partiellement confirmée par le tribunal administratif le 1er février 2023, la décision fixant le pays de destination duquel Mme G peut être éloignée d'office ayant été annulée, en tant qu'elle comprenait la Gambie comme pays de destination. M. F et Mme G ont alors fait l'objet d'une seconde obligation de quitter le territoire français le 17 février 2023 qu'ils n'ont pas contesté. Par la présente requête, le préfet de l'Isère demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. F et Mme G du logement géré par l'association Adoma et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête du préfet, il y a lieu d'accorder à M. F et Mme G le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions du préfet de l'Isère :
4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. Le préfet de l'Isère expose que le département dispose de 2 328 places d'hébergement, contre 1 431 en 2017. Au 30 septembre 2022, le taux d'occupation du dispositif était de 97,4% et celui des dispositifs HUDA et CADA respectivement de 100% et 99,5%, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 12,6% sont occupés par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 563 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. L'inexactitude matérielle de ces faits ne résulte pas de l'instruction.
7. Les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant qui est né après que leur demande d'asile a été définitivement rejetée, présente, en son nom et pour un motif qui lui est propre, une demande. Lorsque l'enfant est titulaire d'une attestation de demande d'asile et que ses parents ont accepté les conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur cette demande, d'héberger l'enfant avec ses parents ainsi que ses éventuels frères et sœurs mineurs, et de lui verser, par l'intermédiaire des parents, l'allocation pour demandeur d'asile. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1. que la demande d'asile d'Astou a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 mai 2022 et sa demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été déclarée irrecevable le 18 octobre 2022. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que les défendeurs aient sollicité le maintien des conditions matérielles d'accueil à l'occasion de la demande de réexamen de la demande d'asile de leur fille. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils seraient en droit de se maintenir dans les lieux jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
8. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence sauf circonstances exceptionnelles.
10. En se bornant à faire valoir la présence de leurs trois jeunes enfants, M. F et A G n'établissent pas l'existence d'une situation exceptionnelle au sens des dispositions précitées.
11. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que M. F et Mme G, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, quittent l'hébergement dans lequel ils se maintiennent sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.
12. La situation du ménage justifie en revanche qu'un délai d'un mois leur soit accordé pour préparer leur sortie des lieux.
13. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expulsion de M. F et Mme G de l'appartement géré par la société Adoma qu'ils occupent, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire, le préfet de l'Isère est autorisé de faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques du défendeur, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
O R D O N N E :
Article 1er : M. F et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à M. F et à Mme G de quitter le logement qu'ils occupent HUDA Adoma La Verpillère, 44 rue d'Artois, B.P 34 à Saint-Quentin-Fallavier (38291) dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. F et Mme G, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. F et Mme G, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Me Huard et à M. I F et Mme E G.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.
Le président,
J. P. BLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026