jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2301028 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 février 2023 et le 24 avril 2023, M. A C, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2022-AF 117 du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur et d'un défaut de motivation ;
- son droit à être entendu a été méconnu ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen pour ne pas avoir pris en compte les craintes qui sont les siennes en cas de retour en Arménie ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé s'est aggravé ; son traitement médical ne peut être interrompu quand bien même il serait disponible en Arménie ;
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa situation aurait dû être régularisée.
Par deux mémoires enregistrés le 18 avril 2023 et le 27 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :
- Mme Letellier a lu son rapport ;
- Me Schürmann a présenté des observations pour M. C.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C est un ressortissant arménien, âgé de 45 ans. Il déclare être entré en France le 6 juin 2019. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, valable du 5 mars 2021 au 4 mars 2022. Le 3 mars 2022, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour en application de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 1er décembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, cheffe du service immigration et de l'intérieur à la direction de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il répond ainsi à l'exigence de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué aurait dû mentionner l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions relatives au placement en rétention d'un étranger sont inapplicables à l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué intervient après que l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux au titre de laquelle il a pu exposer l'ensemble de sa situation. Même si M. C n'a pas été invité à présenter des observations sur une éventuelle mesure d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre dans l'hypothèse où sa demande de renouvellement de titre de séjour serait refusée, il a pu exposer les motifs pouvant faire obstacle à son éloignement, notamment du fait de craintes en cas de retour en Arménie. En tout état de cause, il n'établit pas qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation et de nature à modifier l'appréciation du préfet de l'Isère. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis émis le 27 juin 2022, que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé souffre d'une pathologie psychique.
9. M. C soutient que le préfet de l'Isère s'est mépris en lui refusant un titre de séjour alors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avait rendu un avis favorable le 1er février 2021 et que son état de santé s'est ensuite dégradé, nécessitant des hospitalisations. Les certificats médicaux qu'il produit confirment que son état de santé nécessite une prise en charge médicale régulière, ce qui n'est pas contesté dans l'arrêté attaqué. M. C produit, d'une part, une prescription médicale qui lui a été faite le 31 août 2022 par le centre hospitalier Alpes-Isère portant sur le Xeplion, l'Imovane, le Loxapac et le Valium et, d'autre part, des listes de traitements médicaux disponibles en Arménie en 2016 et 2017. Toutefois ces listes, anciennes et rédigées en langue anglaise, ne sont pas suffisantes pour infirmer l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rendu le 27 juin 2022, alors même qu'un avis favorable avait été formulé le 1er février 2021 et ne permettent pas d'établir que M. C ne pourrait pas bénéficier effectivement du traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
10. En cinquième lieu, M. C invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'intéressé n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement et le préfet de l'Isère n'a pas instruit sa demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, ainsi qu'il le confirme dans ses écritures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que l'arrivée de M. C en France est récente. S'il a séjourné de manière régulière, du 5 mars 2021 au 4 mars 2022, c'est uniquement à la faveur d'un titre de séjour temporaire obtenu en sa qualité d'étranger malade qui ne lui donne pas de droit à se maintenir sur le territoire français. En dehors de son épouse, une compatriote qui a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 1er décembre 2022 et de leurs enfants mineurs, M. C ne justifie d'aucune attache familiale ou amicale en France. Il ne se prévaut d'aucune insertion dans la société française. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie. La circonstance qu'un enfant du couple soit décédé à la naissance, le 3 janvier 2021, et qu'il soit inhumé en France, pour triste qu'elle soit, n'est pas de nature à lui donner vocation à demeurer sur le territoire français. Dans ces conditions et eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
14. M. C soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation du fait de réelles craintes en cas de retour en Arménie. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale de droit d'asile le 16 février 2021, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à son éloignement vers l'Arménie à raison de risques pesant sur sa vie. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation ne peut être qu'écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
17. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 8 juin 2023.
La rapporteure,
C. LETELLIER
La présidente,
D. JOURDAN
La greffière,
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026