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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301055

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301055

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301055
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. B A, représenté par Me Clément, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision du 10 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Drôme a refusé d'enregistrer sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme d'enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence résulte de la situation précaire dans laquelle il se trouve et la nécessité de pouvoir travailler pour subvenir aux besoins de son foyer ;

- la préfète de la Drôme n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la préfète ne pouvait refuser d'enregistrer sa demande en application des articles L. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa demande n'était ni abusive ni dilatoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 16 juillet 1985, a sollicité le 5 octobre 2020 la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son mariage, le 12 septembre 2020, avec une ressortissante française. Par un arrêté du 11 juin 2021, le préfet de la Drôme lui a opposé un refus, assorti d'une obligation de quitter le territoire, au motif qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Le recours formé par M. A contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 30 septembre 2021. Le 27 décembre 2022, M. A a présenté une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 10 janvier 2023, la préfète de la Drôme a refusé d'enregistrer sa demande.

2. En premier lieu, eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

4. L'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Une demande de titre de séjour peut être considérée comme abusive si elle ne présente aucun élément nouveau par rapport à une précédente demande ou si les éléments nouveaux présentés sont purement dilatoires.

5. Au cas d'espèce, la première demande d'admission au séjour présentée par M. A, en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, a été rejetée au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français. Alors que le requérant ne démontre pas être retourné dans son pays d'origine pour régulariser son entrée sur le territoire français et qu'ainsi le motif du premier refus, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal, subsiste, il a présenté un an plus tard une nouvelle demande sur le même fondement. Dans la présente instance, il ne fait valoir, à l'appui de sa seconde demande, aucun élément nouveau hormis la poursuite de la vie commune avec son épouse. Dans ces circonstances, aucun des moyens soulevés n'apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Clément et à la préfète de la Drôme.

Fait à Grenoble, le 27 février 2023.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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