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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301068

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301068

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, M. C B, représenté par la SELARL BS2A, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- sa demande de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- le refus de titre de séjour méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant fixation du pays de destination ;

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en mai 1990, est entré en France en octobre 2019 sous couvert d'un visa Schengen valable trois mois. Il s'y est maintenu à l'expiration de son droit au séjour et a présenté, un an plus tard, une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus, assorti de mesures d'éloignement, que le préfet de l'Isère lui a opposé par arrêté du 4 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A, chef du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait, à cette fin, d'une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022 régulièrement publié. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. La circonstance que le requérant ne partage pas l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur l'intensité et la stabilité de ses liens en France, du fait, notamment, de son intégration professionnelle alléguée, ne signifie pas que sa situation n'aurait pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux. Le caractère circonstancié du refus de titre de séjour en litige démontrant, au contraire, que le préfet a procédé à un tel examen, le moyen correspondant doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit: () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

5. A la date du refus en litige, le requérant ne résidait en France que depuis un peu moins de trois ans alors qu'il a vécu en Algérie, où il a nécessairement conservé des attaches personnelles, jusqu'à l'âge de 29 ans. Hormis le contrat à durée indéterminée en qualité de coiffeur que lui a consenti une société dont il détient 50 % des parts, il n'apporte pas de preuve d'une intégration sociale particulière. Sur le plan familial, si ses parents et ses deux frères résident régulièrement en France, il a vécu pendant plusieurs années séparé des intéressés et son épouse, également algérienne, se trouve dans une situation administrative identique à la sienne. Rien ne s'oppose donc à ce que son foyer se reconstitue dans leur pays commun d'origine. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour contesté méconnaît les dispositions citées au point précédent. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par le refus de titre de séjour en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant ce refus doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les motifs exposés aux points 3 à 6, l'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige, doit être écartée.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision accordant au requérant un délai de départ volontaire de 30 jours :

9. Pour les motifs exposés aux points 3 à 8, l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, excipée à l'encontre de la décision accordant au requérant un délai de départ volontaire de 30 jours, doit être écartée.

En ce qui concerne décision portant fixation du pays de destination :

11. Pour les motifs exposés aux points 3 à 8, l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français en litige, excipée à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, doit être écartée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, des conclusions que M. B présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301068

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