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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301119

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301119

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ALBAN COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. E C, représenté par Me Costa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, dans les quarante-huit heures à compter du jugement, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas et de procéder à ce nouvel examen dans un délai de trente jours, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2023 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais né en 1988, déclare être entré en France le 25 décembre 2019, sans apporter la preuve des conditions ou de la date de son entrée et alors qu'il a sollicité l'asile le 22 octobre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile. Il a alors fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français par un arrêté préfectoral du 23 mai 2019, qu'il s'est abstenu d'exécuter. Le 22 avril 2022, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 4 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, attachée, cheffe du bureau du droit au séjour de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Si M. C soutient vivre en France depuis plus de deux ans et y être parfaitement intégré, il n'établit pas l'existence de liens personnels intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa propre cellule familiale, alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie en Albanie. Sa compagne, de la même nationalité que lui, n'a pas vocation à se maintenir en France dès lors qu'elle est également en situation irrégulière. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à corroborer ses allégations selon lesquelles il n'aurait conservé que des liens particulièrement ténus avec sa famille restée dans son pays d'origine. Il suit de là qu'eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont dès lors pas été méconnues. Pour les mêmes motifs l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonctions et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er :

La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Costa et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme D et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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