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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301134

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301134

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête enregistrée le 27 février 2023, Mme D C, représentée E Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 janvier 2023 rejetant son recours en vue de l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'accueillir dans une structure d'hébergement dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros E semaine de retard ;

4°) d'enjoindre à la commission de médiation de considérer sa demande d'hébergement comme étant prioritaire et urgente, sous astreinte de 250 euros E jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire de réexaminer son recours dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 250 euros E jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car elle ne dispose d'aucune solution d'hébergement actuellement alors qu'elle souffre de graves problèmes de santé et qu'elle est accompagnée de trois enfants mineurs ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse car elle est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les articles L. 441-2-3 III° et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation que la commission n'a pas examinée alors qu'elle a pourtant été reconnue E le juge des référés dans son ordonnance du 5 janvier 2023.

E un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que Mme C bénéficie d'un hébergement solidaire depuis le 3 février 2022 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 février 2023 sous le numéro 2301133 E laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bourechak, greffière, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Huard, avocat de Mme C et Mme B, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité nigériane, est entrée en France à la date déclarée du 22 août 2018 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée le 12 novembre 2020 E l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 21 juillet 2021 E la Cour nationale du droit d'asile. Elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du préfet de l'Isère en date du 1er septembre 2021 dont la légalité a été confirmée E un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 21 octobre 2021 et une ordonnance de la Cour administrative d'appel de Lyon du 27 juin 2022. Toujours présente sur le territoire français, Mme C a saisi le 27 septembre 2022 la commission de médiation du département de l'Isère d'un recours tendant à ce que sa demande d'hébergement soit reconnue prioritaire et urgente. E une décision du 18 octobre 2022, la commission de médiation a rejeté son recours au motif que ses garanties d'insertion étaient insuffisantes. Cette décision a été suspendue E le juge des référés du tribunal administratif le 5 janvier 2023, qui a enjoint à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance. E une décision du 19 janvier 2023, la commission de médiation, réexaminant la situation de Mme C, a confirmé sa décision du 18 octobre 2022. Mme C demande la suspension de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () E la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III.- La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, E toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C bénéficie depuis février 2023 d'un hébergement social E le biais de l'association Maison Saint-Martin. Toutefois, il résulte de l'instruction et des précisions apportées à l'audience, que cet hébergement ne présente aucun caractère de stabilité et est susceptible de prendre fin sans préavis. Dès lors, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.

6. En second lieu, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa demande et de ce que la commission de médiation aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en n'examinant pas la possibilité de lui reconnaître un droit à l'hébergement compte tenu des circonstances exceptionnelles qu'elle pouvait faire valoir sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Sans qu'il soit besoin d'étudier les autres moyens de la requête, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision litigieuse.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. La présente décision implique seulement que la commission de médiation de l'Isère procède au réexamen de la demande de Mme C. Il y a lieu, E suite, d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C a été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. E suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Huard, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 19 janvier 2023 de la commission de médiation de l'Isère est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, avocat de Mme C, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme C.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à Me Huard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

Le président,

J. P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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