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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2301166

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2301166

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2301166
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, Mme B Oummil'heri Binti, représentée par Me Schürmann, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'assortir de récépissé de demande de titre de séjour qu'il lui a délivré d'une autorisation de travail ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures, dans l'attente d'une décision sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est constituée par la situation de précarité dans laquelle elle se trouve ;

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Mme Oummil'heri Binti, de nationalité comorienne, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour le 1er avril 2021 en qualité de parent d'enfant français. Elle s'est vue délivrer un récépissé de cette demande avec autorisation de travail. Par un arrêté du 6 juillet 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 20 janvier 2023, il a retiré son arrêté et convoqué Mme Oummil'heri Binti à un rendez-vous, le 27 janvier 2023, au cours duquel il lui a délivré une autorisation provisoire de séjour. Mme Oummil'heri Binti demande au juge des référés de suspendre l'exécution du refus du préfet de l'Isère d'assortir le récépissé qui lui aurait été remis d'une autorisation de travail.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ". Par dérogation à l'article L. 431-3, l'article L. 431-4 prévoit que les autorisations provisoires de séjour mentionnées à l'article L. 425-4, concernant l'étranger victime des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, et à l'article L. 425-10, concernant les parents étrangers d'un enfant mineur admis à séjourner en France en raison de son état de santé, autorisent leur titulaire à exercer une activité professionnelle.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-14 de ce code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / () / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 () ".

5. Comme il a été dit au point 3, le préfet de l'Isère n'a pas délivré à Mme Oummil'heri Binti, le 27 janvier 2023, le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais une autorisation provisoire de séjour qui, en application de l'article L. 431-3 du même code et sauf les exceptions prévues à l'article L. 431-4, n'autorise pas l'étranger à exercer une activité professionnelle. Il suit de là que, faute d'avoir délivré à la requérante un récépissé de sa demande de titre de séjour, le préfet de l'Isère n'a pas pu refuser d'assortir ce récépissé de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 431-14. Ainsi, Mme Oummil'heri Binti conteste une décision qui n'existe pas. Sa requête est dès lors manifestement irrecevable et doit être rejetée.

6. Compte tenu de l'irrecevabilité manifeste de sa requête, il n'y a pas lieu d'admettre Mme Oummil'heri Binti à l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme Oummil'heri Binti est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B Oummil'heri Binti et à Me Schürmann.

Fait à Grenoble, le 2 mars 2023.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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